Vivre le Dharma dans le présent
Lorsqu’on s’engage sur la Voie du Bouddha, on peut le faire de façon un peu pas négligente, mais tranquille...mais si nous avons un engagement très fort, alors nous pouvons, au contraire de la « libération de nous même », nous enserrer, nous ligoter dans les préceptes et les recommandations, et alors, à force de vouloir « bien » faire, nous faisons monter notre anxiété ; si nous étudions la parole juste, nous ne cessons de nous demander comment la personne va entendre ce qu’on lui dit. Et que dire des préceptes, si impossibles à suivre ? Nous penserons au « mauvais » karma que nous risquons de créer...
Attention ! Je ne dis pas que faire attention à ce qu’on dit ou fait est inutile ! Mais se regarder tout le temps, c’est comme se surveiller, petit diable placé sur notre épaule, qui va nous répéter « ne fais pas ça ! Ca, c’est pas bien,etc ! » ...On est loin de la joie du Dharma ; on est loin de nos vœux de nous tourner vers les autres !
On a posé la question suivante à plusieurs enseignants : « Dans les enseignements bouddhistes j'entends qu'on dit que chaque pensée, chaque mot, chaque action compte; quelquefois ça m'apparait comme un enseignement propre à générer de l'anxiété. Comment est-ce que je peux pratiquer avec cet enseignement et ne pas me sentir sans cesse paralysée ? »
Voilà la réponse de Sanathavihari Bhikkhu, moine Theravada que je trouve très juste, en nous disant de « ne pas trop penser », et en nous rappelant que « les actions futures ne sont pas en train d'arriver dans le moment présent ; dans le moment présent, le futur n'est qu’imagination. »
Donc je dirai l’attention oui, mais sans que cela devienne inquiétude, mais en gardant plutôt une forme de confiance dans notre capacité à être « juste ». parce que les enseignements sont là pour nous alléger – d’abord de nous même- jamais pour être un poids dans notre vie !
Le texte:
« Trop penser sur pratiquement quoi que ce soit va souvent nous faire trébucher. Quand nous marchons, nous savons que chaque pas fait est important pour maintenir notre équilibre et ne pas tomber. Pourtant nous marchons des kilomètres chaque jour sans penser à la façon de faire le pas suivant. Si nous commençons à penser, et à trop penser, au processus entier de la marche, à nous demander à combien de centimètres est-ce qu'il faut que je soulève mon pied ? ou bien jusqu'à où est ce que je vais aller le poser ? Alors ça va faire déborder notre esprit et à ce moment-là nous risquons de rencontrer le sol sur lequel nous marchons d'une façon extrêmement pénible ! Bien que chaque pas soit important, si nous commençons à nous inquiéter pour le pas suivant, nous nous préparons à l'échec.
Selon le Dharma du Bouddha, nos pensées, mots et actions sont importants mais lorsque nous nous enfermons trop profondément dans ces pensées, mots et actions nous sabotons l'intention qu'il y a derrière cet enseignement.
Au lieu de vivre complètement et de façon « saine »* nous commençons à vivre de façon « non- saine » en nous tourmentant nous-mêmes.
Comme lorsque nous marchons, le pas le plus important que nous pouvons faire dans notre pratique du Dharma est celui que nous sommes en train de faire exactement maintenant. Si vos pensées actuelles, vos paroles et actions sont justes, sont saines, alors le futur ne posera pas de problème.
Ce sont les actions de ce moment présent qui vont donner des fruits dans le futur. Les actions futures ne sont pas en train d'arriver dans le moment présent ; dans le moment présent, le futur n'est qu’imagination.
Trop penser à chacune des actions est une forme d'anxiété et d'inquiétude, un des 5 obstacles à l'Eveil sur la Voie du Bouddha. On peut y remédier par l'attention juste dans ce moment présent qui nous aide à marcher sans effort alors que l'inquiétude et l'anxiété nous font trébucher. L’attention à ce moment présent nous permet de faire des actions saines, justes et nous libère de toute inquiétude portant sur des actions qui n'ont pas encore pris place.
Dans le « Discours sur tous les obstacles » le Bouddha dit à ses disciples qu'il y a certaines questions auxquelles on ne peut pas répondre : est ce que j'existerai dans le futur, est ce que je n'existerai pas dans le futur, que serai-je dans le futur, comment serai-je, etc,
De même, nous ne pouvons pas nous mettre à spéculer sur la signification ou le résultat de nos actions, mais nous pouvons faire attention , porter toute notre attention sur ce qui est en train de se passer exactement en ce moment. Quand votre attention est dans le moment présent, vous pouvez accomplir l'action juste et alors vous êtes libre sans plus d’inquiétude.
Sanathavihari Bhikkhu, moine Theravada
« Être libre » non pas en s‘appuyant sur nos habituels travers et réflexes conditionnés, mais justement être libre de tout ce « moi » qui nous alourdit et nous mène sans cesse sur « les chemins obscurs »... être libre dans la lumière, comme ce haiku sur l’alouette qui vole dans le ciel, complètement libre...
* Au lieu de bien/mal, j’ai gardé les termes anglais, qui me semblent beaucoup plus justes : sain/malsain, non-sain : ce qui n’amène pas de souffrance pour moi et les autres/ ce qui amène de la souffrance pour moi et les autres.





Commentaires