Vous qui avez vaincu la peur...
- Joshin Sensei

- il y a 2 jours
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« De vous qui avez vaincu la peur, nous voudrions apprendre votre façon d'être présent là où se trouvent les ténèbres, la souffrance, l'oppression et le désespoir pour y apporter la lumière, l'espoir le soulagement et la libération…. »
C’est le début d’un texte lu au Village des Pruniers et aussi à la Demeure sans Limites. Je l’ai choisi parce que vers la fin août, c’est la Fête du bodhisattva Jizo ( je l’appelle Jizo sama, un peu familier, affectueux…!)
Je ne sais pas comment appeler ce texte ? Un hommage, une prière ? A qui s’adresse-t-il ? A un Jizo extérieur ? Intérieur ? Je n’ai pas de réponse à ces questions.
« De vous qui avez vaincu la peur, nous voudrions apprendre votre façon d'être présent là où se trouvent les ténèbres, la souffrance, l'oppression et le désespoir pour y apporter la lumière, l'espoir le soulagement et la libération.
Nous sommes déterminés à ne pas oublier ceux qui se trouvent dans des situations désespérées et à chercher tous les moyens d'établir un contact avec tous ceux qui n'ont aucun moyen de sortir du désespoir.
Nous savons que des situations d'enfer existent partout dans le monde et nous ne souhaitons pas contribuer à en créer d'autres, mais plutôt agir vigoureusement pour aider à les transformer. Nous sommes déterminés à cultiver la stabilité et la persévérance de manière à acquérir les vertus de la terre, toujours fidèles et soutenant ceux qui ont besoin de nous. »
Ces paroles - « De vous qui avez vaincu la peur, nous voudrions apprendre votre façon d'être présent là où se trouvent les ténèbres, la souffrance…. »- me touchent car elles rappellent d’abord l’importance de prendre conscience des situations douloureuses qui existent dans le monde, non seulement en prendre conscience, parce que nous le savons, à travers radio, journaux, etc mais d’une certaine façon les prendre, tout court, les prendre à bras-le-corps, les faire nôtres.
Puis de prendre la décision d’agir, et d’aider, et de soulager.
Jizo Sama est un bodhisattva omniprésent au Japon, le protecteur des enfants et des voyageurs.
Il est dit qu’il représente la force de la terre selon son nom indien Kshitigarbha : KSHITI : la Terre - « Ji en jap » GARBHA « ZÔ en jap.»: à la fois l'embryon et le réceptacle, la matrice, le sein maternel, il porte en lui les vertus de la Terre.
La Terre est grande, vaste, riche, nourricière et aussi porteuse. C’est la fécondité et aussi l'enfantement et la mort .
C'est la terre que le Bouddha prend à témoin de son Eveil lorsqu'il est assailli par Mara, la mort. La Terre lui donne de la force et le protège.
Notre méditation, zazen, nous relie à la terre et à travers Jizo Sama, nous donne la force de vaincre notre peur.

Jizo Sama, en raison de ce lien avec la terre, se portera spécialement au secours de tous ceux qui souffrent dans le monde souterrain, l'enfer, un des six royaumes de la Roue du Samsara.
Ce que nous disons avec ce texte , c’est l’application, la mise en oeuvre de nos vœux de bodhisattva : « Oui, je le ferai » : « Nous sommes déterminés à ne pas oublier ceux qui se trouvent dans des situations désespérées...Nous savons que des situations d'enfer existent partout dans le monde et nous souhaitons agir vigoureusement pour aider à les transformer…. »
Je ne vais pas expliquer aujourd’hui ce qu’est le bodhisattva dans le bouddhisme, ou dans le Zen, ce n’est pas le lieu, mais quelques mots sur Jizō.Il est présent à deux endroits : aux carrefours et dans les cimetières près des temples. On le croise souvent ( on voit des petites statues, moine-enfant) au carrefour des routes ou simplement sur le bords des chemins.
Car il est un guide spirituel, il aide à trouver le chemin de la Voie de l’Eveil. Par extension, c’est également devenu le protecteur des voyageurs.

Et en raison de son lien avec la terre, il ira spécialement au secours de tous ceux qui souffrent dans le monde souterrain, l'enfer, lieu où la souffrance est la plus intense ; c’est là qu'on le décrit avant tout à l'œuvre.
Il guide les êtres pour en sortir et s’occupe surtout des tout-petits, enfants nés avant-terme ou morts nés. Ce qui se disait au Moyen Age au japon, c’est qu’ils restaient dans les limbes et devaient élever des tas de cailloux, c’était leur châtiment pour la peine qu’ils ont causée à leurs parents...( horrible!).
Donc, ces enfants, Jizo vient les aider, les protéger ; il les aide à passer sur l’autre rive, au nez et à la barbe des démons. Il joue avec eux, les câline...Je ne sais pas qui croit encore à cela mais il est vrai que les parents des enfants disparus trop tôt habillent une statue de Jizo de rouge, un petit bavoir, un petit chapeau... ( le rouge est la couleur qui protège les enfants des maladies, spécialement de la variole) C’est un acte de générosité d’habiller un Jizo.
Il est aussi le gardien de ceux qui n’ont pas de tombe ou de ceux qui ont été oubliés.
Et enfin le protecteur des pompiers ( flammes des Enfers!)

Cela peut être curieux pour nous, mais il n’y a rien de morbide, ni de triste autour de Jizo sama : il est un ami, un compagnon, un protecteur.Dans les temples, il y a souvent des rangées de Jizo, ils vont par 6, un pour chaque monde du samsara.
Dans les rues, on lui sourit quand on croise sa silhouette attendue aux carrefours, il est un réconfort ; dans Tokyo même, on peut voir dans de petits abris un petit Jizo, avec souvent bonnet et bavoir, et devant lui une offrande de quelques fleurs simples. Simplicité de Jizo, proximité, c’est un compagnon du quotidien.
On recense plusieurs récits des origines de Jizo Sama, je voudrais terminer avec celui que je préfère :
C’est l’histoire d’ une jeune fille née dans une famille de brahmanes qui, sachant sa mère en enfer à cause de ses mauvaises actions- et elle avait mangé beaucoup de viande- résolut de la sauver ; elle vend tous ses biens pour acheter des offrandes, et les offrir au Bouddha de cette ère : le Bouddha de la Méditation et de l’Eveil Fleuri. Touché par cet amour filial, le Bouddha apparait et l’emmène en enfer, où il explique au gardien que, grâce à sa fille, cette femme a accumulé plein de mérites, et elle peut quitter l’enfer pour le paradis ! ( Mmmm… « mérites » !? transmissibles...Oui dans le bouddhisme japonais)
Revenue dans le monde, la jeune fille reste si marquée par les souffrances qu’elle a vues qu’elle fait le vœu de revenir encore et encore dans le monde humain pour aider tous les êtres, et les sauver de l’enfer.
Plein de questions posées par cette histoire, une histoire non pas savante, mais populaire, comme un conte – et d’ailleurs pourquoi de jeune fille, elle est devenu un homme, ou un jeune garçon .. ? !Pour moi, ce qui m’intéresse là, c’est que la compassion est en effet la dimension où nous dépassons notre propre souffrance- quand nous sommes dans la souffrance, nous y sommes enfermés, mais la compassion brise cet enfermement. Nous pouvons alors voir la souffrance des autres, la compassion et vouloir les aider. Notre compassion, la compassion du bodhisattva part de la compréhension profonde de la souffrance et du dépassement de notre souffrance.
Le regard d'Issa, à la vie tragique, auteur de haikus souvent durs, pourtant se fait tendre devant un Jizo:
Les bébés hirondelles`
blottis dans la manche de Jizo
- leur sanctuaire
Issa
Lien vers Sagesses Bouddhistes « Jizo, le bodhisattva qui nous accompagne » avec Jokei Lambert Sensei.
Un conte sur Jizo Sama en dessin animé ! ( pas besoin de comprendre les japonais) https://youtu.be/8qCNBtJc8tc




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