Le parfum de la pratique est la Réalité entière.
« Le un est innombrable et l’innombrable est un »...ou bien : « Le grand se manifeste à l'intérieur du petit et le petit se manifeste à l'intérieur du grand. »
Nous sommes en 1251, et pour commencer son discours aux moines de Eiheiji M° Dogen cite une phrase célèbre du maître de Bodhidharma :
« « Lorsqu'un seul grain de poussière s'élève, il contient la grande terre. Quand une fleur s'ouvre, c'est le monde entier qui s'éveille ».
Il poursuit :
« Lorsque la pensée est abandonnée, même un seul moment, les 84.000 illusions qui nous tourmentent disparaissent ; lorsqu'une seule phrase remplit sa véritable mission, les 84 000 portes du Dharma sont réalisées.
Par exemple, c'est comme lorsque quelqu'un tire une maille et aussitôt le filet entier arrive ou bien lorsque quelqu'un soulève le col et immédiatement le vêtement entier apparaît.
Le un est innombrable et l’innombrable est un. Le grand se manifeste à l'intérieur du petit et le petit se manifeste à l'intérieur du grand.
Sur la pointe d'un cheveu apparaît le sanctuaire du roi des joyaux.* A l'intérieur d'un atome tourne la grande Roue du Dharma .Grande assemblée, je vous en prie, dites-moi comment le sanctuaire du roi des joyaux apparaît-il ? Comment la grande roue du Dharma tourne-t-elle ?
Alors Maître Dogen soulevant le hossu** dit :
Regardez, regardez, ceci est le sanctuaire du roi des joyaux, ceci est la roue du Dharma. Ceci est le parfum de la pratique des préceptes innombrables, le parfum du samadhi, de la sagesse, de la libération et de la connaissance de la libération.
Ceci est l’accomplissement du samadhi incommensurable, des dharanis et la brillance de centaines de joyaux.
M° Dogen fait une pause et ajoute :
Grande assemblée, voulez-vous comprendre clairement ce principe ?
Les Maîtres du passé ont exposé et démontré l'étude du Zen. Les hirondelles ont discuté dans toute sa profondeur la vraie forme de toute chose.
Parmi les êtres vivants et les bouddhas, il y a l’illimité et le limité. Comment pouvez-vous oublier de faire tourner une fleur et de cligner des yeux ? »
Comme les mailles d’un filet, comme une pièce d’un vêtement, une seule chose est reliée à toute chose ; M° Dogen dit dans un autre texte qu’on ne peut pas faire apparaître une seule chose sans faire apparaître toutes les choses.
En conséquence, peut être que si nous pouvons tirer un seul fil dans cet instant présent qui contient tout, nous sourirons comme Mahakyashapa devant une abeille butinant une fleur ou bien nous saurons entendre l’illimité dans le silence d’une feuille qui tombe.
Nous pourrons être le limité dans l’illimité de la Vacuité, et l’illimité dans le limité de notre vie..
Un seul instant de plénitude pour être libre de tout obstacle.
Et nous saurons respirer « le parfum de la pratique dans la réalité entière » ...
Extrait de Dogen’s Extensive Record Eihei Kuroku. Traduit en anglais par Leighton Roshi et Okumura Roshi
* La tradition bouddhiste affirme qu’en voyant ce joyau et en récitant son mantra, on parvient à la Sagesse du Bouddha ; il permet de comprendre la vérité du Bouddha et de transformer les souffrances en Bodhi.
**Hossu: https://fr.wikipedia.org/wiki/Hossu





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