« Si vous ne pouvez pas sortir, restez ici. »
Comment un moine fut obligé de rester tranquille, voici ce que Katagiri Roshi nous raconte dans cet extrait de Retour au silence .
C’est à dire faire ce qu’il avait consciencieusement évité de faire jusque là : arrêter de courir.
D’abord Katagiri Roshi pose une question: est -ce qu’il faut écouter, lire, regarder seulement des choses que nous comprenons ? Est-ce que, dans ce cas, nous ne tournons pas en rond dans un petit monde, alors que le monde humain, le monde du dharma est sans limites ?
Accepter d’aller vers ce que nous ne comprenons pas, c’est comme s’ouvrir à ce qui est, arrêter de courir après des moments fugaces et entrer de plain pied dans la tranquillité des enseignements du Bouddha.
Alors voici ce qui est arrivé à ce moine avec son maître qui finit par lui montrer que « « Si vous ne pouvez pas sortir, restez ici. »
« Ne trouvez-vous pas ridicule d’écouter l’enseignement du Bouddha que vous ne comprenez pas, alors qu’il y a tant de choses que vous pouvez comprendre. Beaucoup de gens enseignent des choses merveilleuses que chacun peut comprendre. Mais à n’écouter que des choses qu’on peut comprendre, on ne comprendra jamais le monde humain parce que le monde humain nous reste incompréhensible.
C’est pourquoi nous devons écouter des choses que nous ne comprenons pas ; tôt ou tard, elles nous deviendront compréhensibles. Bouddha leur a permis de vivre. Même si nous empoignons les gens pour leur dire : « Ne bougez pas, écoutez l’enseignement du Bouddha, c’est merveilleux », qu’ils soient capables de rester là et d’écouter dépend des individus eux-mêmes et des circonstances.
Il y a une histoire très intéressante qui illustre cela. Un moine dépensait beaucoup d’argent à boire de la bière et du whisky dans les bars, la nuit, au lieu de pratiquer zazen. Son maître s’occupait beaucoup de lui. Il lui avait demandé à plusieurs reprises de ne pas agir ainsi, mais en pure perte. Un jour, le maître fit venir le moine dans sa chambre, mais, à peine fut-il entré, il lui cria : « Dehors ! » Le moine sursauta en entendant ce cri qu’il n’attendait pas et pensa : « C’est l’occasion rêvée de fuir cette ridicule vie de temple. » Immédiatement, il accepta. Il était sur le point de passer la porte quand le maître dit : « Non, pas par là ». Il essaya une autre porte et le maître dit encore : « Non, pas par là. » Il essaya trois portes mais, chaque fois, le maître répéta la même chose. Finalement, le moine se mit en colère et dit : « Qu’est-ce que je dois faire ? Vous me dites de sortir, mais comment puis-je sortir ? » Le maître répondit : « Si vous ne pouvez pas sortir, restez ici. » Retour au silence.
Alors, quand est-ce que nous allons rester ici ? Juste là où nous sommes, pas pour nous enfermer, pas du tout, mais quand nous comprenons que toutes nos issues habituelles pour « ne pas voir » sont bloquées ? Je crois, en tous cas, je parle pour moi, que c’est alors nous pouvons nous asseoir et commencer à « voir » vraiment notre vie telle qu’elle est, sans jugements, sans attentes. Jusque là, nous avons couru pour essayer d’attraper ce que nous voulions, tout en essayant de rester hors de portée de ce qui nous fait peur, ou honte, ou mal.
Que ce soit en se réfugiant comme ce moine dans les bars, loin de zazen, ou dans tout ce que nous essayons comme refuge, nous prenons conscience, un jour, que ça ne marche pas.
Et nous nous posons. Puisque que nous ne trouvons pas de sortie, nous restons ici !
On pourrait croire que notre vie va se rétrécir : moins dans les émotions, moins courir partout, moins de stimulations, ah, on a peur de l’ennui...mais surprise ! Au contraire. Nous commençons à respirer, nous commençons à nous ouvrir, à regarder. Je dirais que nous commençons à vivre... A trouver l’immensité là où nous étions dans une impasse…
Notre coeur-esprit se détend, le monde s’ouvre ; la joie, doucement, s’installe dans notre vie. Non, rien ne devient parfait, le moine va encore s’ennuyer parfois en zazen, nous aurons des jours gris, de la colère sans doute, bref une vie humaine, mais une vraie vie... Voilà ce que peut être notre vie quand tout est bloqué et que nous acceptons de « rester ici », et à ce moment-là, la vie devient « forte et délicieuse » selon l’expression extraordinaire de Trungpa Rimpoche :
« La vie est forte et délicieuse ! »





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