LA SOURCE VIVE DE L’ÉTHIQUE ZEN (2)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les principes éthiques du Zen, comme tous les systèmes éthiques, résultent d’un examen minutieux et approfondi de multiples situations de vie.

Qu’est-ce dès lors qui distingue fondamentalement l’éthique Zen d’autres systèmes éthiques traditionnels ? La différence réside dans la manière dont un bouddhiste Zen considère les principes éthiques.

 

Pour un bouddhiste Zen, un précepte éthique est une question qui doit être examinée à la lumière des circonstances, une investigation plutôt qu’une réponse toute faite. Et la nature de cette investigation n’est pas tant l’entreprise discutable qui consiste à essayer d’imaginer ce qu’il conviendrait de faire que de se mettre à l’écoute de son propre cœur.

Après tout, c’est de ce cœur même que les préceptes sont sortis un jour. A l’heure du choix, c’est, avant toute autre autorité, en ce cœur ancestral que le bouddhiste Zen place sa confiance.

 

Ce n’est pas que le bouddhiste Zen réinvente la roue de l’éthique à chaque fois qu’il fait face à une situation nouvelle ; c’est simplement qu’il revient à la source même. L’éthique n’est pas une création intellectuelle, mais une expression de la nature même du cœur.

Ce qui importe plus que tout au moment du choix est une main vide.

 

 

L’éthique Zen naît de la prise de conscience que personne ne sait ce qui est juste. Ce ‘non-savoir’ est le refuge dans lequel toute action morale puise ses racines. Ce lieu, qui ne peut être réduit au rôle d’abstraction morale, est le siège de l’expression libre et vivante de l’instant.

Ce qui nous est offert en lieu et place d’une certitude morale est le doute et l’amour, qui sont presque synonymes. Le doute arrondit les aspects rigides de nos idées les meilleures et nous expose au monde tel qu’il est.

Lorsqu’on demanda au grand maître Zen Ikkyu ‘Qu’est-ce que le Zen ?’, il répondit : ‘De l’attention ! De l’attention ! De l’attention !’

 

(…) Nous touchons ici au cœur-même de l’éthique Zen, qui met en balance pleine conscience et capacité d’aimer. Qu’est-ce que l’action éthique sinon une réponse empreinte de compassion ?

L’amour ne vient pas des principes, mais de notre engagement là où nous nous trouvons.

 

Or, cet endroit où nous nous trouvons n’est pas balisé. C’est à nous à trouver notre route. Dans Le pays des sapins pointus de Sarah Orne Jewett, on trouve un passage qui décrit cette situation avec justesse.

Almiry Todd, l’un des personnages du livre, donne d’un arbre une description qui pourrait tout aussi bien s’appliquer à elle-même. Elle dit :

 

Il arrive que l’on rencontre un arbre robuste au beau milieu d’un affleurement rocheux (…). Au cœur de l’été le plus sec, la cime de cet arbre reste verdoyante.

Si vous collez l’oreille au sol, vous entendrez couler un filet d’eau.

Tout arbre [qui pousse à même la roche] possède sa propre source vive ; et il en va de même pour nous.

 

 

Lin Jensen, http://www.tricycle.com/dharma-talk/ear-ground, Tr. Michel Mokusho Deprèay

 

Daishin Morgan, de l’Ordre des bouddhistes contemplatifs (École Sôtô), enseignait que « le but des préceptes est de nous guider par-delà la lettre, au sens juridique, à l’esprit qui la sous-tend ».

David L. McMahan, The making of Buddhist modernism