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  • Photo du rédacteurJoshin Sensei

Violettes et pissenlits…

Aujourd’hui, j’ai pris mon bol à aumônes… c’est un peu symbolique avec un écran, c’est vrai. Et j’ai décidé de me faire accompagnée par Ryokan, moine-poète du Zen, moi qui suis nonne et, j’essaie un peu, poète du Zen.

Ryokan a tout écrit de cette vie de moine, sans masque, sans a priori, sans l’idée qu’il devrait « être zen ! »

C’est mon grand-père adoptif, je lui ai souvent écrit pour lui dire les joies et les difficultés de ma vie au temple du Japon...

Et Ryokan, comme nous, vit d’aumônes, il descend dans les villages alentour, et il chérit son petit bol, il sait que vivre d’aumônes c’est recevoir sa vie

à chaque instant de l’univers entier, et redonner tout ce que l’on a reçu, en faire à son tour une offrande...Donner-recevoir sans fin....


« Dans mon petit bol à aumônes,

des violettes et des pissenlits

tout entremêlés -

comme une offrande

aux Bouddhas des Trois Mondes. »


Et moi, je présente auj mon bol à aumônes ; il a l’air vide mais il n’est pas du tout vide : pas de violettes ni de pissenlits cet hiver, mais un temple, puisque la DsL a été établie à partir de toutes les aumônes reçues au Japon, et il y a du riz et des légumes et des vêtements chauds, et oui des fleurs pour l’autel, et puis il y a toute ma vie, 40 ans de ma vie, depuis que j’ai été ordonnée nonne bouddhiste au japon à Zuigakuin.


Depuis que pour la première fois, je sus allée au village avec toute la Communauté, et je portai le bol, et je ne savais pas trop ce que ça voulait dire...Et on s’est arrêté devant chaque maison, on a chanté

No mo san man da… et quand les personnes donnaient, en remerciement :Zaï hoo nisse…

et petit à petit, au fil des mois, j’ai compris que c’était grâce à tout ce que nous recevions que je pouvais vivre. Au sens le plus concret…


Ryokan me l’a appris, m’a aidé à mieux le voir, et maintenant je dis parfois comme lui : même si mon ermitage est au creux d’une ville, Kannon, bodhisattva de la compassion est toujours là, et aussi les milliers de poèmes chantés par le vent, qu’on soit à la campagne ou en ville, si on écoute bien :


«  J'ai un ermitage provisoire

près du temple de Kannon;

seul,

 pourtant j'ai comme amis intimes

le millier de poèmes écrit sur

les herbes du voisinage.

Quelquefois le matin, je prends mon manteau de moine

et descends mendier de la nourriture pour ce vieux corps usé. »



Donc aujourd’hui sur YouTube comme hier dans les villages des montagnes japonaises, je prends mon bol à aumônes. Bien sûr, il n’a pas la même forme depuis que je suis revenue en France.

Mais cet échange, ce donner-recevoir, Dharma et nourriture, Paroles du Bouddha et biens matériels nécessaires pour vivre, a continué autrement: offrandes des personnes qui viennent partager notre quotidien, dons venus directement des potagers des voisins, des commerçants du village aussi..


Mais Ryokan ne craint pas de cacher les difficultés de cette vie, et c’est vrai que parfois ce petit bol à aumônes paraît, comme il le dit «  bien misérable..  »

Parfois, oui, c’est comme ça aussi, pas facile, fatigant, décevant...mais comme lui, c’est la Voie que j’ai choisie, c’est la vie que j’ai choisie :


« Pas de chance aujourd'hui dans la quête d'aumônes:

je me suis traîné de village en village ;

au coucher du soleil, je me retrouve avec des kilomètres

entre ma cabane et moi.Le vent s'accroche à mon corps frêle

et mon petit bol semble si misérable.Pourtant c'est la Voie que j'ai choisie

et qui me guide

à travers déceptions et douleur,

froid et faim. »


Je n’en dirai pas autant aujourd’hui, mais quand même, parfois...Pourtant, jours gris, jour bleus, la lumière douce de la lune, à la fin, réconforte et nous ramène


« A la fin d'un jour de quête, je rentre

à travers les montagnes vertes.

Le soleil couchant est déjà caché par les falaises,

et la lune illumine légèrement le petit ruisseau.

Je m'arrête près d'un rocher, et me nettoie les pieds.Allumant un bâton d'encens, je m'assois

dans le calme en zazen.De nouveau un parmi les proches de la Sangha;

ah...comme le courant du temps nous entraîne! »


Aujourd’hui je me déplace d’un endroit à l’autre en train ; à l’extérieur, je ne m’habille pas complètement en monastique, j’ai des cheveux, courts mais des cheveux !

Et pourtant je sens, je crois que fondamentalement ma vie est la même, ma vie est l’expression de mon engagement monastique: enseigner, partager le Dharma que j’ai reçu, le transmettre, donner l’occasion de pratiquer, et pratiquer ensemble, pour le bien de tous les êtres.. 


Je continue à recevoir l’argent de tous, à vivre de dons ; ça faire naître la gratitude que j’ éprouve, de cette vie donnée, - et comme c’est profond de reconnaître tout ce qu’on doit- tout !- à tous les êtres ; j’essaye de mettre en forme cette gratitude, donc, qu’elle soit la source de ma pratique, la source de ces partages, la source qui illumine mon quotidien..


Donc je vais rentrer avec le TGV, mais comme Ryokan, lorsque je serai arrivée, je vais allumer un bâton d’encens, poser mon bol sur l’autel, et m’asseoir dans le calme de zazen…


Pour laisser des aumônes dans mon bol, il y a un « bol- YouTube », vous verrez comment faire en allant sur le site de nousasseoirensemble.org.


Voici la conclusion de Ryokan, et je la fais mienne :


« Passé la journée en ville

à recueillir des aumônes,

et je suis maintenant tranquillement

  assis sous une falaise

   dans la blancheur du soir.Seul – une robe et un bol!

La vie du moine est vraiment la meilleure. »


La vie de la nonne aussi ! Merci !


Gratitude. Gassho








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