Que faire de notre coeur ?
- Joshin Sensei

- il y a 6 jours
- 3 min de lecture
Le coeur ici ,c’est le coeur des émotions, des sentiments, le coeur nécessaire de l’empathie et aussi le coeur-esprit, ce coeur qui nous permet de prendre des décisions dans notre vie ; mais avant tout le coeur qui s’ouvre à l’Eveil, le coeur qui vit pour le bien de tous les êtres.D’où le question : que faire de notre coeur, notre coeur humain, notre coeur « habituel » lorsqu’il s’ouvre à l’immensité ?
Ce matin, j'aimerais partager deux textes ; ils me semblent intéressants parce qu'ils se répondent, deux possibilités face à une même question.
Ma question de départ :on nous parle beaucoup du bodhisattva, nous prenons les vœux du bodhisattva, ou bien nous nous engageons sur le Chemin du bodhisattva, mais bien sûr, parfois quand on se regarde, on se dit : mais j'ai un cœur qui n'est pas très vaste, pas ce que j’imagine être un coeur de bodhisattva..
M° Dogen parle de trois cœurs-esprits du bodhisattva : le cœur joyeux et plein de gratitude, le cœur aimant, et puis le cœur vaste, Daishin, le cœur sans limites, le coeur qui reçoit tout, comme dit-on, le grand océan reçoit toutes les rivières. Je me dis, et je ne suis peut-être pas la seule... ce n’est pas exactement comme ça dans ma vie, pas tous les jours et pas à chaque moment.
Et comment ce cœur va-t-il changer ? Ce n'est pas comment je vais le changer, mais qu’est-ce qui va permettre à ce coeur de changer ?
Et ces deux textes, très courts, très directs, indiquent un chemin possible.
Que se passe-t-il, dit le premier, quand nous commençons à lâcher prise ? C'est-à-dire à laisser un peu partir tout ce qui remplit notre coeur, ce coeur « habituel », toutes ces petites choses, cette attention permanente à nous-mêmes, à ce moi qui prend parfois toute la place dans un coeur qui n'est déjà pas très grand.
Comment notre coeur pourra-t-il vivre avec notre Eveil, c’est à dire quand il deviendra un coeur sans limites ?
Et dans le second texte, il y a une idée qui je trouve très belle. L’enseignant nous dit que puisque nous passons notre temps à nous imaginer la personne que nous pensons/voulons être, n'est-ce pas ? Puisque nous passons notre temps dans des représentations de nous-même, à regarder cette petite personne qui est comme ci, qui est comme ça, qui est contente, qui n’est pas contente, etc. eh bien nous dit cet enseignant tibétain, ça ne nous ferait pas de mal d'imaginer, par moments, d’être quelqu'un de différent...Vous allez voir !
Que se passe-t- il quand nous commençons à lâcher-prise, à nous libérer de nous-même ?
C’est un paradoxe qui s'appelle « Laissons-le-ce coeur-se casser ». *
Le texte : « L'esprit d'Eveil, l’esprit qui se tourne vers l’Eveil pour le bien de tous les êtres - c’est l’esprit du bodhisattva- pose un challenge magnifique pour un coeur comme le nôtre, un coeur le plus souvent très petit, très resserré et qui devra vivre avec notre Eveil.
Pouvons-nous voir qu'il y a toujours quelque chose de positif qui va naître d'un cœur qui casse ? Alors qu’un cœur tendre, ouvert ( je voudrais dire « souple », c’est un terme souvent utilisé dans les textes indiens ) a une possibilité illimitée de dons, au contraire, un cœur recroquevillé, un cœur réduit à « moi » et « c’est à moi » n’aura pas d'autre possibilité devant l’Eveil que de casser.
Si nous permettons à notre cœur de casser, encore et encore, si nous en faisons une pratique, nous nous donnerons l'espace pour une souffrance infinie et pour la beauté infinie du monde en n’excluant personne. » *
Donc, accepter que notre coeur soit trop petit pour contenir à la fois la souffrance et la beauté du monde- tout comme un contenant très rigide qu’on essaye de trop remplir- laisser notre coeur se casser car à ce moment là précisément il deviendra sans limites…
Second texte :
« Il y a plusieurs années, j'ai fait une retraite avec un Lama tibétain qui nous demanda de travailler sur les bodhisattvas en nous imaginant comme le bodhisattva Vajrasattva. ( le bodhisattva qui est la personnification de la pureté fondamentale de l'esprit, c’est-à-dire l’esprit d’Eveil même)
« Pourquoi prétendre être quelque chose que nous ne sommes pas » ? demanda quelqu'un. L'enseignant répondit : « Nous passons énormément de temps à nous imaginer être cette petite personne que nous nous disons à nous-mêmes que nous sommes. Ça ne nous fera pas de mal de passer un peu de temps à imaginer que nous sommes quelque chose de beaucoup plus vaste ».
C'est cela la générosité : être plus vaste. Le bouddhisme n'est pas un développement de l'esprit, c'est un développement de l'être humain.
Alors, préparez-vous à être éééétiré... »
Voilà ! Ou notre coeur casse et alors tout l'univers est notre coeur, ou alors nous arrivons à étirer notre coeur, il devient souple et il peut contenir toute la compassion et toute la sagesse du bodhisattva- sans limites...
* E. Mattis- Namgyel, enseignante du bouddhisme tibétain




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