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 La colère et le désarmement intérieur


Nous avons parlé de tourner en rond, et des obstacles et sûrement ce qui nous fait le plus tourner en rond dans notre vie, c'est la colère! C’est une expression du Dalaï Lama qui m’a aidée à comprendre la colère : le désarmement intérieur. Ca m’aide à bien regarder : pourquoi suis-je en permanence « armée » à l’intérieur de moi ?

Je crois que l'on a tous un peu l'idée que si on s'y prend bien, si on réussit à éviter certaines choses, à en attraper d'autres, si on a de la chance, alors on va pouvoir faire en sorte que dans notre vie, il n'y ait pas souffrance, que du contentement ! Donc, nous sommes sans arrêt en train de chercher : « Je veux avoir ça, je ne vais pas avoir ça, je veux bouger un petit peu ça, je vais un peu manipuler telle personne pour qu'elle me donne ci ou ça, alors je vais être très contente, la vie est belle, il n'y aura pas de problème. ». Le problème en fait, c'est que ça ne marche pas du tout et on le sait tous.

Une des conséquences de « ça ne va pas comme je veux », un des obstacles de notre vie, peut-être le plus grand, c'est la colère. La colère est une émotion bien partagée, rares sont les personnes qui ne se mettent pas en colère. Que cela aille de la petite irritation quotidienne ou bien la rage, la rage totale, la rage meurtrière que l'on peut rencontrer parfois. C'est une chose présente dans notre vie.


La question est : « Pourquoi y a-t-il tant de colère ? ». Dans le fond, il me semble que si nous n'aimions pas la colère, nous serions beaucoup moins en colère. En général, nous arrivons assez bien à éviter les choses que nous n'aimons pas. Ou en tout cas on évite d’y sauter le tête la première ! Je crois que la colère est au départ une chose tout à fait délicieuse. Quand on est en colère, au moment où on se met en colère, on a cette sensation très forte d'être dans son bon droit.

« Ah, je suis en colère, je suis en train de crier, je vais casser quelque chose mais après ce que l'on m'a fait, alors vraiment j'ai raison d'être tellement en colère ! ». Et cette sensation d'avoir raison, d'être dans son bon droit est extrêmement dangereuse car c'est une sensation vraiment très agréable à laquelle on n'a pas envie de mettre fin.

La colère, peu à peu, nous emplit, nous empoisonne comme un poison qui court à travers notre corps, notre coeur et notre esprit. Comme un grand feu qui nous brûle et brûle le monde extérieur.


Et je crois qu'il faut se poser la question : est-ce que la colère vient toujours de l'extérieur ? Est-ce que c'est parce que telle personne a fait/dit telle chose ? Est-ce que c'est parce que l'on a vécu tel ou tel événement, est-ce parce que l'on a pas eu telle ou telle chose, est-ce que c'est vraiment pour cela que l'on est en colère ?

Ou bien est-ce parce qu'à l'intérieur de nous-même, il y a des braises qui couvent sous la cendre et lorsqu'un événement extérieur rencontre l'intérieur, comme si on posait une bûche dans la cheminée, à ce moment-là, nous prenons feu ?

S'il y avait une chose dérangeante à l'extérieur mais que rien ne brûle déjà à l'intérieur de nous-même, la colère pourrait-elle démarrer? Et pourtant, ça démarre, et on sait quand ça démarre.

Et on se retrouve avec une chose difficile : comment peut-on arrêter notre colère ? Comment peut-on faire en sorte que notre relation aux autres, nos contrariétés, nos difficultés de la vie quotidienne ne nous emplissent plus de ce grand feu de colère ? En fait, je n'ai pas énormément de réponses. Bien sûr, il y a le caractère, les circonstances, la façon dont on a vu les autres réagir autour de nous, etc. mais je n'ai pas trouvé énormément de réponses parce qu'il me semble qu'il n'y a qu'une seule chose qui peut nous faire cesser d'être en colère, c'est de décider d'arrêter d'être en colère!


Il nous faut prendre cette décision. J'ai donc trouvé ce beau mot dans un texte du Dalaï Lama: « Le désarmement intérieur ». Il faut qu'on ait cette décision ferme, cette motivation de mettre fin à notre colère. C'est très abrupt mais il n'y a pas d'autre moyen d'y mettre fin qu'en y mettant fin!

C'est un petit peu comme si vous voulez arrêter de fumer: vous ne pouvez arrêter de fumer qu'en arrêtant de fumer... Y penser, chercher pourquoi, comment, cela peut vous aider, mais à la fin, il faudra s'arrêter, et voilà... Bien sûr, on peut prendre quelque chose pour nous soutenir, nous aider, on peut en parler à quelqu'un; mais au final, nous devrons le faire, nous; cela ne se fera pas tout seul.

 

C'est la même chose pour la colère : il faut arrêter, c'est la seule chose que l'on puisse faire. C'est difficile parce que d’abord c’est une habitude si bien ancrée. Mais je crois aussi qu'on a peur. On a peur d'abord de lâcher cette colère parce qu’on ne connaît que ça comme réponse ! La colère est comme un bouclier, croyons-nous. Peur aussi d’être vulnérable, pense-t-on, on aura l'air faible, peut-être que les autres vont en profiter. On se raconte beaucoup d'histoires, là aussi, pour s’affirmer à soi-même son bon droit.


J'avais lu une phrase de la philosophe Simone Weil, qui m'avait beaucoup interpellée : « L'imagination travaille sans cesse à boucher les trous par où pourrait entrer la grâce. ». Je me suis dit : « Mais c'est vrai. ». On est sans cesse dans l'imagination qui nous représente : « Mais qu'est-ce qu'il va se passer, ça va être terrible, dangereux. Je ne serai plus moi-même; les autres vont me blesser, etc » Et tout cela empêche ce qu'elle appelle la grâce, que je pourrais appeler tout simplement la paix, la paix du coeur, d'entrer. Parce que tant que nous sommes dans la colère, nous ne pouvons même pas imaginer la paix…


Vous vous souvenez récemment de « Vous n’aurez pas ma haine » après les attentats du Bataclan . Nous avons souvent l'impression qu'il n'y a qu'un seul chemin, qu'une seule réaction possible: si quelque chose comme ce drame nous arrive, on va se mettre en colère, parce que, comment faire autrement ? Mais en fait, il y a pleins de chemins autour de nous, il y a toutes sortes de réponses possibles. Quelle réponse juste et forte !


Il y a plusieurs années, j’ai lu une histoire qui s'est déroulée au temps de l'apartheid en Afrique du Sud. Une femme blanche, riche, a été touchée par une bombe et grièvement blessée. Elle a passé beaucoup de temps à l'hôpital, puis elle est rentrée chez elle et ses enfants ont dû s'occuper d'elle. Quand elle est venue témoigner devant la Commission de Réconciliation, elle a dit : « Ça a été une période de ma vie terrible mais cela m'a beaucoup enrichi. ». J'ai trouvé extraordinaire que l'on puisse conclure cela d'une pareille expérience.


Il y a toujours la possibilité d’une autre réponse, d’un chemin de transformation.

C'est pour cela que nous disons un « Chemin », ce n'est pas une transformation instantanée, mais un chemin, donc du temps. Le temps de la prise de conscience, du changement car c’est nous qui marchons, à notre propre rythme.

Pour s'engager sur ce chemin, il faut se poser la question: « Où voulons-nous vivre ? ».


Voulons-nous vivre dans un endroit spacieux, lumineux, aéré, plein d'espace, de lumière ou bien voulons-nous vivre dans un endroit brûlant ?


Ce que nous disent ces personnes qui ont dépassé la colère, c'est qu'on peut toujours choisir. On peut choisir exactement l'endroit où l'on veut vivre. On ne peut pas choisir ce qui nous arrive, on ne peut pas choisir les événements mais on peut choisir notre réponse à ces événements. Et on peut choisir de ne pas céder au grand feu de la colère.Dans ce monde de violence, essayons de faire le premier pas vers le désarmement intérieur...



 
 
 

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