Une goutte d’eau dans l’immensité
- Joshin Sensei

- il y a 18 heures
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« La solitude nous fait nous sentir comme une simple goutte d’eau dans l’immensité de l’océan. En même temps, cette solitude n’est pas solitude, parce que la goutte d’eau se répand dans toute l’immensité de l’océan »
La solitude que, je pense, nous vivons toutes et tous par moments, ce sentiment d’être coupé.e de soi même, comme si on n’arrivait pas vraiment à entrer en contact avec notre propre vie…
Ce passage de « Retour au silence » nous parle de cette solitude en quelque sorte existentielle, comme si nous sentions que nous sommes toujours un peu à côté de l'essentiel, comme si la « vraie vie », les « vraies choses » se déroulaient un peu à l’extérieur de moi. Katagiri Roshi dit que c'est parce que nous ne voyons pas notre nature originelle, nous sommes alors coupés de nous-même.
Parce que nous essayons de fixer les choses, alors qu’elle n’est que mouvement nous dit-il : rien de fixé, rien d’immobile mais comme une rivière, ou un torrent, ou justement cet océan dans son mouvement infini... Dans le silence de zazen, nous pouvons prendre conscience que nous sommes comme une simple goutte d'eau dans l'immensité de l'océan. Mais attention ! Il ne s’agit pas de disparaitre, mais de retrouver les deux côtés de notre vie : une simple goutte d'eau qui fait apparaître ce sentiment de solitude, et puis, en même temps, cette immensité de l'océan dans laquelle nous vivons. Mais nous ne nous dissolvons pas : en fait cet océan est le monde dans lequel nous vivons, dans lequel nous sommes immergés, avec le soleil, le vent, la pluie, la terre..les microbes, les plantes...tout ce qui change de forme à chaque instant, comme nous, et tout ce qui est immensité, comme nous.
Et Katagiri Roshi nous dit que lorsque nous prenons conscience de cette immensité qu’est notre nature originelle, notre solitude disparaît, car nous sommes reliés, nous sommes un. Il dit : « comprendre ce qu’est véritablement la solitude, c’est pouvoir s’en libérer. »
Nous sommes cela qui est plus grand que nous. Il dit que lorsque nous nous rendons compte de ce qu'est la solitude, cette solitude reliée à l'immensité, il ne reste plus de trace de solitude. Alors parfois cette unité, cette compréhension profonde s'expriment par un sourire. Ce sourire, c'est le fait de devenir un, d'être dans l'immensité du monde et juste sourire sans rien attendre. C'est un sourire pur, c'est un sourire complet, le sourire qui jaillit naturellement du fond de notre esprit. Et il appelle cela « la clarté ».
Le texte :
Au Japon, il y a une statue du Bouddha Maitreya ( le Bouddha du futur) avec de très beaux yeux. Avant que le bouddhisme ne s’implante au Japon, la société japonaise était fondée sur le shintoïsme, la vie y était très simple, et non logique. Les Japonais ne sont toujours pas logiques, mais, en s’implantant au Japon, le bouddhisme a apporté avec lui quantité d’informations sur la vie humaine. La statue date de cette époque. C’est un tournant ; à cette époque, les japonais ont commencé à voir le monde humain et la vie humaine avec clarté. Cela se sent dans cette statue du Bouddha. Son regard fixe quelque chose de très clair ; il est très pénétrant et reflète en même temps un sentiment de solitude. ( comme un miroir, ce regard reflète le sentiment de solitude des personnes qui le regardent )
Le sentiment de solitude reflète l’incapacité de voir le fonctionnement de la nature originelle. La nature originelle de l’existence n’est que mouvement. Il n’y a rien là-dedans qu’on puisse s’approprier. Cela nous rend perplexes et légèrement insatisfaits. On ne peut pas en rester là.
Ce sentiment de solitude existentielle est fondé sur la conscience originelle d’exister. L’isolement, se sentir coupé des autres, est une chose un peu différente ; c’est la conscience que l’expérience nous donne du monde humain. Mais la solitude nous fait nous sentir comme une simple goutte d’eau dans l’immensité de l’océan.
En même temps, cette solitude n’est pas solitude, parce que la goutte d’eau se répand dans toute l’immensité de l’océan.
Aussi, comprendre ce qu’est véritablement la solitude, c’est pouvoir s’en libérer. Quand on se rend compte de ce qu’est la solitude, il ne reste plus trace de solitude. Parfois, cela s’exprime par un sourire, le sourire d’un Bouddha qui contemple la vérité tout en ressentant la solitude des êtres.
Alors, peu à peu, la solitude rejoint sa propre source et se tarit. Notre propre vie quotidienne est une goutte d’eau qui ne cesse de se fondre dans l’immensité de l’océan. C’est un sourire du Bouddha. Ce sourire n’attend rien ; il ne demande pas de faveur. C’est un sourire gratuit, comme le sourire d’un bébé. Le sourire du bébé est merveilleux, parce qu’il n’a pas de but. Notre sourire est plus compliqué, il est parfois le fruit d’une stratégie. Le vrai sourire jaillit naturellement du fond de notre esprit. Telle est la clarté.
Katagiri Roshi Retour au silence p. 191
Qu’est-ce cette clarté ? Plus haut dans le livre, il dit que la clarté, c’est accepter de reconnaître que quelque chose dépasse le monde humain accessible à la connaissance. La clarté, ce sont les yeux du Bouddha du futur, c’est accepter toutes les choses comme étant claires, et ce monde et notre vie en changement sans fin. Et le sourire jaillit !




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