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  • Photo du rédacteurJoshin Sensei

Un esprit « paisible »...

« Mon intention est de vous faire comprendre que le zen est votre situation maintenant, telle qu’elle est, et qu’il ne sert à rien de chercher ailleurs.

Si vous atteignez vraiment la Voie, vous n’avez plus besoin de penser vraiment à vous-même ; puisqu’il n’est plus besoin de penser à vos propres problèmes, vous pouvez vous concentrez à 100 % sur les besoins de autres... »...

On a lu ce passage du livre d’Harada Roshi récemment ; et ça m’a rappelé un mail reçu d’une pratiquante qui disait :« Alors, j'avais un esprit paisible en zazen jusqu'à présent parce que tout allait bien, mais là j'ai des soucis, tel et tel souci dans ma famille, et je vois bien que mon esprit est moins paisible ; alors est-ce que zazen est toujours zazen ? » et c'était intéressant parce que ça sous-entendait deux choses :

1. on ne pourrait faire zazen qu’avec un esprit sans soucis ! Réponse de Harada Roshi : « Mon intention est de vous faire comprendre que le zen est votre situation maintenant, telle qu’elle est, et qu’il ne sert à rien de chercher ailleurs. »

On s’assoit tel qu’on est, avec son agitation intérieure, avec le bruit extérieur… je continue Harada Roshi : « Quand vous n’avez pas l’esprit en paix, cela signifie qu’il y a une distance entre vous et les « choses » ( dharmas, intérieur et extérieur) »


2. En fait faudrait-il qu'il n’y ait pas de souci pour que l'esprit soit paisible ? Harada Roshi : « Si vous vous asseyez en shikantaza, - l’esprit rassemblé et tranquille- et si vous laissez vos pensées, quelles qu’elles soient , survenir, si vous n’en tenez pas compte et ne vous en mêlez pas, elles se changeront définitivement en illumination »

Une question souvent posée est :

comment est-ce que on garde un centre paisible sur la place du marché- ou bien, comme l’écrit Pema Chodron, comment peut-on garder un esprit paisible « quand tout s'écroule autour de nous » ?

Eh bien, c'est ça la question : est-ce possible, doit-on le faire, et comment ?

« Paisible », ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas de problème ; « paisible » c'est au milieu de l'agitation du monde, au milieu de l'agitation de notre esprit, au milieu des situations plus ou moins compliquées ou conflictuelles de notre vie, ce qu’on appelle dans le Zen « au milieu de la place du marché ». Il ne faut pas se tromper parce que ce que nous dit le Bouddha, c'est que notre vie humaine est marquée, en quelque sorte elle est tissée, à travers dukkha, souffrance, mal-être, douleurs, contrariétés de toutes sortes.

Donc si on se dit : « Je pratique quand j'ai un esprit paisible », ça veut dire quand tout va bien autour de moi mais quand tout ne va pas bien, je sens bien que mon esprit est agité et donc je me dis ce n'est pas la peine de pratiquer ! Je l’entends assez souvent, ah non en ce moment j’ai trop de problèmes pour m’asseoir !


C’est vraiment prendre les choses complètement à l’envers ! Et je me dis, c'est bizarre, parce qu'il me semble que c'est à ce moment-là qu'on doit se mettre à pratiquer. Non pas, comment dire, en passant par-dessus bord tous nos soucis, non pas en se disant « bah ça n’a pas d'importance, il ne faut pas que je m'en occupe... » Pas en essayant de se débarrasser vite du problème pour retrouver le calme. Ce n’est pas : « je médite, ne me dérangez pas! »

Bien sûr qu’il faut s'occuper des choses qui se passent dans notre vie et en dehors de notre vie et autour de nous- bien sûr que nous pouvons/devons accepter d’être sans cesse bousculé par les autres, le monde ... mais la question est « Comment est-ce qu'on fait pour pouvoir respirer et garder un coeur tranquille à travers tout ça ? »

Penser que les événements me gênent ou que les gens autour de moi me gênent, c'est vraiment une vision fausse de notre pratique.

Dans le bouddhisme, la véritable paix intérieure est ce qui nous amène à karuna, à la compassion. Parce que nous aussi nous vivons dukkha, ce mal-être, cette souffrance, et que nous comprenons ce que cela signifie de vivre ainsi, nous souhaitons nous en libérer pour aider les autres à s’en libérer.

C’est le vœu que tous les êtres soient heureux ; « heureux » au sens du Dharma c'est-à-dire qu'ils soient passés au-delà de la souffrance par la compréhension des Quatre Nobles Vérités .


Parce que lorsqu'on comprend que notre paix intérieure et tout ce qui nous entoure en fait, les êtres, les situations, la terre, sont dans cet « inter-être » avec nous, alors c'est cela ce qui nous fait faire un effort pour pratiquer, comme disent les Enseignements, pour aider tous les êtres.

Et cela inclut aussi, dans une compréhension plus contemporaine de prendre soin de la vie de la terre.


Alors évidemment ça paraît beaucoup plus compliqué et beaucoup plus long et difficile que de régler seulement nos propres problèmes, mais c'est une illusion de penser que je peux m’occuper de moi sans prendre soin du reste, puisque nous sommes en interdépendance avec tout !

Vivre séparé du monde est une illusion… D'abord parce qu’il faudrait ne regarder qu'un cercle très étroit autour de nous pour ne pas voir ce qui ne va pas bien, et puis l’autre partie de cette illusion, c’est de toujours penser que je peux tenir le monde un peu loin de moi, parce que c’est trop compliqué, et que je n’ai pas de solution.

Notre pratique est prendre soin de soi et des autres et du monde sans agitation de l'esprit !

On a toujours l’impression qu’en s’agitant, physiquement ou moralement, on « fait « quelque chose, mais non, juste... on s’agite !

Alors, mettre le corps au repos, à travers l’assise en silence, c’est aider l’esprit à être au repos.


Les Enseignements définissent la paix intérieure comme : « un sentiment d'harmonie émotionnelle, mentale et spirituelle même face aux défis de la vie ; lorsque cette paix intérieure est présente, on éprouve des sentiments de sérénité, d'équilibre, de tranquillité et de calme » Dalaï Lama

Par où commencer ?

Partir de ce centre de paix, pour moi, c'est zazen ; c'est ce moment où on se pose et puis on se dit en quelque sorte : « voilà » , voilà avec tout ce qui est; et c'est à partir de ce centre solide, de calme et de paix qu'on va faire un pas en avant vers le monde, vers les autres, vers la terre, vers tout ce qui nous bouscule. Mais ce premier mouvement qui est de se poser va permettre un moment de calme où à travers la méditation, à travers zazen, on voit les choses telles qu'elles sont.


Et là je voudrais aborder un point qui me semble très important, mais qui souvent mal reçu, importun : ne regardez pas les images de la télé, des réseaux sociaux, etc ! De tout ce qui se passe en ce moment, ne regardez pas les images ! Pas par indifférence, surtout pas, au contraire. Mais parce que les images agitent nos émotions, les renforcent, et ces émotions ne nous donnent aucun moyen pour donner une réponse juste aux situations ; parce qu’à regarder tant d’images de violence, on se construit une carapace, et ce qui est vu nous touche de moins en moins le coeur, mais fait grandir des émotions obscurcissantes.

Oui, savoir ce qui se passe, comprendre, ou essayer, ressentir la souffrance, partager mais avec l’esprit tranquille, c’est à dire pas obscurci par la haine et la colère...ce n’est que de là que peut naître la véritable compassion.

Il y a plein de bousculade parfois sur la place du marché, il y a plein de décisions à prendre, plein de choses à accepter, et d’autres à refuser- et plein de choses que nous ne pouvons pas refuser, avec lesquelles nous allons vivre.


La pratique de Bouddha, c’est la pratique de la compassion, à savoir reconnaître notre humanité en chacun et reconnaître aussi la nécessité du prendre soin. C’est « metta », l’autre forme de la compassion.


L’esprit tranquille, le corps droit, nous pouvons garder l’esprit en paix, et nous le devons, parce que garder l’esprit en paix est le premier cadeau qu’on peut faire aux personnes qui souffrent.


Alors, agité parfois, tranquille parfois, nous continuons zazen, et nous découvrons qu’être en silence, c’est laisser la place pour les autres, c’est mieux entendre les autres.





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