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  • Photo du rédacteurJoshin Sensei

S'asseoir dans le monde...

Donc "Shikantaza" c'est vraiment une expression très classique du zen, Harada Roshi en parle très bien et je vais seulement commenter rapidement ses paroles.

Il nous dit que shikantaza, c'est s'asseoir en s'abandonnant complètement aux fonctions de nos six sens tels qu'ils sont, sans y mêler nos propres idées. Alors bien sûr, ça nous renvoie au sutra de Bâhiya, dont on a parlé le mois dernier, c'est à dire dans le voir qu'il n'y ait que le voir, dans l’entendre que l’entendre, etc

Il n'est pas question d'abandonner les 6 sens, de les verrouiller, il n’est pas question, pour moi cette expression est parlante, pas question de devenir une pierre, pas question de devenir comme mort.


Les 6 sens fonctionnent, on voit, on entend etc, mais la différence c'est qu’on ne s’en mêle plus. Ces activités des sens continuent aussi longtemps qu'on est vivant, mais on n’y mêle plus nos propres pensées et émotions, attentes, jugements, et cetera, etc.

Alors je trouve qu’il y a un point très important : dans le Soto Zen, on est assis face au mur pour éviter toute distraction ou simplement pour nous donner ce moment très intime avec soi-même, ce ce zazen, sans regard. Je pense que ça nous donne aussi l’idée que voilà, nous sommes devant un mur dans nos vies, et nous allons littéralement nous asseoir devant ce mur !


Mais ce qui me semble le plus important, c'est qu’ être face au mur, c'est être face à un espace vide ; ( évidemment, on évite d'avoir un mur avec du papier peint , ou des illustrations) ; et cela nous permet de voir comment on va aller chercher la moindre petite trace sur le mur, une petite fissure, une petite boursouflure, que sais-je ! On va peut être, je ne sais pas, y reconnaître un bouddha, une maison, un dragon... Voilà, ça veut dire que notre voir est encore en train de chercher quelque chose à quoi s'accrocher.

Enfin, le point important de notre corps, et je pense qu'il y a très très peu de personnes qui le suivent, même si c'est un point qui est répété d'abord dans toute l'histoire du Ch’an, à travers le bouddhisme chinois, et puis ensuite maître Dogan le reprend et tous les enseignants le reprennent : les yeux ne sont pas fermés, les yeux sont entrouverts.

C'est le premier réflexe, je crois, des personnes qui s'assoient devant le mur de fermer les yeux. Mais quand vous fermez les yeux, en fait, vous le voyez bien, c'est le cas de le dire, vous vous enfermez avec vous même. Les paupières, le noir deviennent un écran sur lequel on va projeter des pensées, des histoires, des souvenirs, etc. C’est une autre forme de « voir », une autre façon de ne pas lâcher.


Or non, vos yeux sont entrouverts, pas complètement ouverts et droits, pas fixes comme ça, parce que ça, c'est aussi quelque chose qui active la pensée, on en fait l'expérience sans cesse, mais les yeux tombent un peu légèrement devant nous et ils restent entrouverts parce qu'on est là. Plus exactement, on est ici même, avec tout ce qui se passe, avec le voir : un peu le bout de moquette ou de tatami, la personne d’ à côté…

Enfin voilà, on est dans le monde, on est complètement présent dans le monde. Or, la plupart du temps, ce que beaucoup de personnes cherchent et veulent à travers la méditation, pendant longtemps et quelquefois très longtemps, c'est se couper du monde, c'est réussir enfin à lâcher le monde.

Souvent on me répond : « Mais ça me gêne, de voir la moquette, ou la personne.. » Mais non ! Ca ne vous gêne que si vous rétrécissez votre zazen, mais si vous laissez les sens fonctionner sans vous en occuper, sans vous mettre au milieu, il n’y a personne pour être gêné.e !


Zazen, c'est dans le monde avec notre corps, avec nos 6 sens qui vont continuer à fonctionner. Mais la différence, c'est dans le fonctionnement lui-même.

Ce que dit bien Harada Roshi ici, c'est que pendant zazen, les fonctions de nos sens existent, mais nous ne nous en occupons pas, en quelque sorte nous ne remplissons pas le voir, l’entendre etc. Nous n'y mettons plus nos propres idées. Il dit, c'est s'asseoir « sans être contrarié », contrarié, au sens de gêné , voilà, gêné par ces manifestations du monde ; on n'est pas gêné par ce qu'on entend, un bruit, c'est un bruit. On n’a même pas besoin, c'est la différence avec d'autres formes de méditation, on n'a pas besoin de mettre un label, de l'étiqueter ; il y a un bruit, il y a, voilà, tout ça passe à travers nous, passe et passe. On ne se dit pas : Ah tiens, c'est un moteur de voiture et ça me gêne. Tout ça va passer à travers nous, sans qu’on l’accroche ; donc nos sens continuent à exister. Notre corps continue à exister. On est présent, on est présent au monde, on n’est pas coupé du monde.

Et Harada Roshi dit : lorsque vous laissez vos sens fonctionner de cette façon, vous pouvez découvrir que vous êtes un avec toute chose ; lorsque vous êtes au plus profond de l'intime de vous-même, vous êtes au plus profond de, comment dire, de ce lien que nous avons avec toute chose ; on l'a dit, nous sommes reliés à toute chose et toute chose est reliée à nous et c'est ce qui nous permet de dire : en zazen, tout est là.

En zazen, rien ne manque, tout est là : rien ne manque parce que nous sommes dans cette relation à tout ce qui existe. Lorsque le silence se fait -notre Soi véritable, ( notre Nature de Bouddha, notre vraie nature,etc ; c’est bien de changer de mots pour dire l’indicible, comme ça on ne se fixe pas sur un concept!) qui était déjà là, apparaît.


Et il cite ensuite une phrase également célèbre : c'est lâcher « naturellement » le corps et l'esprit. Alors ce mot, « naturellement », il n’est pas très facile parce que « naturellement », je pense que dans un premier temps nous nous cramponnons, nous nous cramponnons au corps et nous nous cramponnons à l'esprit, et surtout nous ne voulons rien lâcher. Le geste de refermer les mains.

Vous voyez, un nouveau-né, dans les premiers gestes, c'est de refermer les mains comme ça. Alors c'est bien aussi, je ne dis pas « c’est mal » ! Nous avons besoin de nous, d'être là, nous, besoin de « moi » en tant que je, mais zazen, c'est le moment où nous ouvrons les mains.

Il y a cette belle expression que vous connaissez et qu'on a déjà cité d’Uchiyama Roshi. « Ouvrir la main des pensées » : zazen, c'est le moment où nous ouvrons les mains et quand nous ouvrons les mains, alors naturellement, corps et esprit fonctionnent en totalité au plus intime, dans le Soi véritable avec tout l'univers.


" Quant toute parole est oubliée dans le silence,

vous apparaissez devant vous-même avec netteté"

Vieux Bouddha Wanshi




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