Roshi, What is zazen ? (Genjokoan)
- Joshin Sensei

- 28 mars
- 4 min de lecture
Au mois de mars, c’est l’anniversaire de la mort de mon Maître ; et cette année j’ai trié des photos, des textes. Et j’ai retrouvé ce texte que j’avais écrit,environ 3 mois après mon ordination, dans le temple de Moriyama Roshi au japon, alors que j’avais encore – ayant beaucoup lu- la tête pleine des Maîtres et de leurs koans, leurs réponses inattendues...Alors j’ai rassemblé mon courage, et je suis allée avec LA question : "Roshi San, what is zazen - Qu'est-ce que c'est zazen ?"
J'ai tout fait de façon formelle, comme j’avais vu le faire : j'ai mis mon kolomo et mon Okesa - assise en seiza devant le panneau de papier, j'ai demandé l'autorisation d'entrer dans son bureau privé - là j'ai offert l'encens devant les portraits des Maîtres de mon Maître, fait trois prosternations - puis posé la question qui me tourne et retourne dans la tête depuis le temps que j'habite à Zuigakuin, - et plus encore depuis trois mois, depuis l'ordination de nonne. « Qu'est-ce que zazen ? »
Je travaille beaucoup, je m'occupe de la cuisine, du temple, et des étudiants - je n'ai pas toujours le temps d' aller à tous les zazen - et jamais celui d'aller aux enseignements - que de toute façon, j'aurais du mal à comprendre car mon japonais est encore insuffisant.
Alors ce matin, j'ai décidé qu'il me fallait une réponse, une explication – peut-être entendre de la bouche de mon Maître les explications des Maîtres du passé que j'ai lus - mais peu compris - peut-être quelques mots qui me feraient atteindre un grand satori – ou bien un cri, un geste, que sais-je ?enfin je voulais savoir; aussi je m'assois respectueusement en seiza, mon zagu bien plié devant moi - et je pose la question qui me préoccupe
"Roshi, what is zazen?"
Les yeux du Roshi s'agrandissent, sa mâchoire s'affaisse légèrement - tout son visage devient plus qu'inexpressif - un peu effaré, comme si je lui avais posé une question urgente dans une langue incompréhensible.
Zazen??
Mais je suis bien décidée à avoir une réponse. Alors je répète avec fermeté "Yes, zazen" 'Ah..." éclair de compréhension. Le Roshi tourne la tête vers le zendo, agite vaguement le bras dans cette direction "We do zazen here".
"Yes, I know. But what is zazen?" Sourcils froncés, le Roshi semble se concentrer sur ma question 'Zazen ...mmm...zazen... " Puis un air ravi, un grand sourire, il semble prêt à partager avec moi la joie d'une grande découverte :
'Zazen ...mmm...zazen is zazen. That's it ! Zazen is zazen !!"
Je ne souris pas vraiment. Ce n'est pas du tout comme ça que ça devrait se passer. Les Maîtres japonais ne font pas de mimiques, ni de grands sourires; un Maître ne réfléchit pas - surtout pour donner ce type de réponse pour finir ! Tout cela ne correspond en rien à ce que j’attends...Je soupire légèrement, pour me faire comprendre. Au même moment, la position du Roshi, également assis en seiza, change, presque imperceptiblement, le dos s'étire - le visage se détend - "recueillement" est le mot qui me vient à l'esprit -paix profonde et présence absolue - Expiration - je n'ose plus questionner.
Le temps passe. Une partie de mon esprit se calme, mais une petite voix répète "et ma question, et ma question ?" Le Roshi ouvre les yeux, prend l'air légèrement surpris de me voir là, mais dit aimablement: « Good, tea time, OK ? » et s'incline.
L'entretien est terminé. Bien obligée, je quitte la pièce pour préparer le thé - pas trop contente - toujours avec la petite voix. J'attends le sifflement de la bouilloire pour verser l'eau - quand je m'arrête, assommée, comme un grand coup sur la tête - pas possible !
Pas possible d'avoir des yeux et de ne rien voir de ce qui est devant moi ! Pas possible d'avoir des oreilles qui filtrent et n'entendent que ce qu'elles attendent ! Pas possible de tout recevoir, et ne rien comprendre ! Ah - c'est donc cela l’ « ignorance » - être sourde, aveugle, stupide à l'enseignement de chaque instant ! C'est tellement énorme, que j'éclate de rire !
J'arrive à la porte du bureau du Roshi en portant le plateau - avec un grand sourire.
Nous nous asseyons face à face. Je sers. Nous buvons le thé en silence.
Merci.
J’avais appelé à l’époque ce texte « Genjokoan, le koan de la vie quotidienne » mais j’ai compris depuis que ma traduction de ce trerme n’était pas juste.Le « grand-père » dans le Dharma de mon Maître a écrit ce commentaire sur le Genjokoan :
"La raison pour laquelle les fleurs de lotus ne sont pas salies par la boue,
c'est parce qu'elles sont libres dans la boue même.
Si elles se séparaient de la boue pour aller dans un champ,
elles se se dessécheraient.
Mais qu'arriverait-il si les fleurs de lotus étaient collées à la boue?
Alors, elles ne pourraient pas offrir leur parfum.
Maintenant regardez!
Être séparé n'est pas bon.
Être attaché n'est pas bon. Ne pas être séparé et ne pas être attaché s'appelle aller au-delà."
Bokusan Zenji




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