Vraiment vivant.e…
- Joshin Sensei

- il y a 6 jours
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Le Zen dit : « Quand une personne est vraiment vivante, c’est le monde entier qui s’éveille ». Quand vous êtes dans la lumière, c’est la lumière du monde entier qui resplendit. C’est pourquoi il est dit aussi : « Se réveiller vivant dans ce monde, quelle joie ! ». - mais on va voir ce qu’on entend ici par « vivant ».
Et je reprends cette phrase de Wanshi « en cet instant tout revient à la vie », quand nous sommes vraiment vivant.e, notre propre lumière augmente- et la lumière de tout l’univers augmente simultanément : c’est un ensemble.
Cette lumière est celle de chacun.e d’entre nous...On ne peut pas dire : « c’est ma lumière » : c’est La lumière, c’est toujours toute la lumière.
Et pour moi cela se lit à la lumière de ma phrase préférée du Shôbôgenzô de Maître Dôgen qui dit : « Voir les phénomènes, voir le coeur brillant » ou autre traduction «...voir le coeur pur » 見色明心 ( ken shiki myoo shin)
« Voir » avec la vue juste, quand nous regardons avec des yeux « ouverts », avec l’Oeil de Bouddha, alors, que ce soit les montagnes couvertes de neige, le repas sur la table ou les fleurs du balcon, nous voyons le coeur pur.
« Voir les phénomènes, voir le coeur pur. »
Ce n’est pas voir les phénomènes comme nous les voyons, dans le sens du « voir » avec nos yeux, cette forme qui est nous, nos idées sur ce qui est beau ou pas, etc. C’est voir la lumière, voir le coeur pur, voir les phénomènes « tels qu’ils sont » sans rien ajouter, ni retirer, une vue « juste » on pourrait dire : personne pour voir, « juste cela » !
C’est aussi cette autre phrase du Zen : : « Se réveiller vivant dans ce monde, quelle joie ! ».
« Joie » : ce n’est pas la joie des cinq sens et de la conscience, pas la joie d’être vivant.e et pas mort.e, ou bien parce qu’il fait beau aujourd’hui...Lorsque je ne vois les phénomènes que comme phénomènes- à partir de moi, avec mes yeux plus ou moins pleins de poussière, quand je ne suis pas « réveillée », il y a : ça me plait/plait pas, joli/pas joli etc, je suis dans le samsara, et là, la seule démonstration de joie que je peux donner par ma vie même va passer par mon corps : je vais sourire, ou avoir les yeux qui brillent, ou même sauter en l’air.... Ca se passe dans mon corps, dans cette forme, cet assemblage composé des organes des sens et de l’esprit, toujours changeants, incomplets, teintés par mon approche du monde. Cela, c’est la joie du samsara. Une joie oui, mais limitée, ou en tout cas impermanente, qui dépend des conditions ; je ne peux pas m’appuyer sur cette joie changeante du samsara.
Mais si je vais là où, encore Wanshi, « toute parole est oubliée dans le silence », je vois aussi le coeur pur, c’est-à-dire l’interdépendance dans laquelle je vis, cet inter-être qui me soutient et que je soutiens, et la vacuité, c’est-à-dire tous ces phénomènes sans nature définie ni constante, sans stabilité.
Alors, quand je reviens à ce que j’appelle « moi », le « moi » de ce moment, le moi vivant vu par l’Oeil de Bouddha, il n’est plus ce moi limité et changeant que j’appelle « moi », c’est la lumière d’une perle du Filet d’Indra.
Ce qui fait que les fleurs de prunier, la montagne couverte de neige, la table du petit déjeuner, l’autre personne ne sont plus seulement vus, ou entendus, ou compris par « mon » voir, écouter, entendre, comprendre...etc du samsara, mais ils rejoignent directement la Nature de Bouddha. Le monde entier qui s’éveille: tout s’exprime, tout parle, tout rejoint tout comme ceci, comme gasshô, les phénomènes et le coeur pur, vraiment vivante.
Ces phénomènes sont vacuité, car impermanents et sans nature propre. Mais la vacuité se traduit, s’exprime, est phénomène. Parce que je suis corps et esprit, je vis dans le monde des phénomènes.
Mais quand nous nous éveillons au fait que chaque chose est connectée à chaque autre chose, comme les noeuds du Filet d’Indra, nous réalisons que nous sommes soutenus par toutes les choses et que nous vivons avec la totalité de tout ce qui existe, là je me réveille vivant.e dans ce monde. Je suis dans le samsara et dans l’unité du Filet d’Indra.
Je ne suis plus seulement là où les phénomènes sont phénomènes, càd quelque chose que je vais pouvoir attraper, prendre, saisir, rendre mien, manipuler ou tout du moins essayer. Mais en cet instant, en cet instant quand je me réveille vivante, Il n’y a plus rien à attraper, plus rien à saisir, juste ce qui est, et la lumière.
C’est le présent de l’instant « en cet instant, tout revient à la vie », qui inclut - il ne faut pas se tromper sur « l’instant présent » - l’avant, le présent, le futur de cet instant.
Ce n’est pas comme : je me réveille et là, il y a tout mon passé derrière, tout le futur devant. Ça ne fait pas partie de ces choses lourdes comme ça, non, cet instant, c’est : « En cet instant tout revient à la vie. En cet instant, je m’éveille dans ce monde. »
Et après, c’est cet instant encore, et cet instant encore, et chaque instant contient tout : plénitude.
En cet instant, tout revient à la vie. En cet instant, je me réveille vivant.e dans ce monde. Parce que notre vie est plus vaste que nous, même si bien sûr, nous allons prendre soin de toutes les choses que nous avons à faire aujourd’hui, et demain.
S’éveiller à notre propre nature. S’éveiller dans notre Nature de Bouddha. S’éveiller dans le coeur pur.
Comme on le chante à la fin des cérémonies d’ordination:« Un nuage dans un ciel sans limites. Un lotus dans l’eau boueuse. Nous vivons dans le coeur pur du Bouddha. »
Se réveiller vivant.e dans ce monde, ce monde humain, ce monde du samsara, ce monde de la souffrance qui est aussi le seul monde qui permet de passer au-delà, dans le nirvana.
Evidemment, ce n’est pas la peine que ce soit le matin pour que vous vous réveilliez vivant.e dans ce monde. C’est maintenant, c’est déjà.
« Quand toute parole est oubliée dans le silence, vous apparaissez devant vous-même avec netteté. Réalisant cela, les limites du temps s'effacent. Et dans ce moment, tout vient à la vie. »
Juste cet instant pour que la perle illumine tout l’univers...




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