Programme pour l’été : entrer en amitié avec soi-même !
- Joshin Sensei

- il y a 5 jours
- 5 min de lecture
« La possibilité d’entrer en amitié avec nous-même est une invitation déposée chaque jour devant notre porte. Nous cessons de vouloir nous changer – et, surtout, changer notre esprit et nos émotions – et nous nous laissons tout simplement être tels que nous sommes » dit Ferguson Sensei, disciple de Chogyam Trungpa Rimpoché
Ce qui ne veut pas dire bien sûr céder ou se laisser envahir par les Trois Poisons. Il parle de notre moi véritable, notre nature d’Eveil, ce que nous sommes vraiment. Il conseille d’arrêter d’essayer de nous « réparer ».
Dire : « Entrer en amitié avec soi-même », ce n’est pas une baguette magique, ce n'est pas un remède miracle, c’est une démarche qu’il nous appartient de faire. Comme le doigt qui montre la Lune, c'est nécessaire, et après, c'est nous qui devons tourner la tête.
Aujourd’hui, j'aimerais partager un texte qui peut servir de guide, parce qu’il nous invite à pratiquer ce que Suzuki Roshi appelle : devenir une vaste prairie ! ( Imaginez ! Une prairie toute fleurie, avec des abeilles, des herbes, des papillons, des taupes, de la vie!) Nous pouvons devenir cette prairie, si « tout simplement » nous amenons metta dans notre vie, amitié, affection, amour bienveillant, déjà pour nous tel.le que nous sommes, tout à fait imparfait.e, avec toutes nos difficultés et nos obstacles.
Car ce n'est qu'à ce moment-là que nous pourrons nous tourner vers les autres et offrir gentillesse aimante, affection, amitié, amour. Et ce qui va nous accompagner dans cette transformation, c'est encore et toujours la gratitude. C’est comme un remède universel (encore faut-il le prendre! ), ce qui apaise notre colère, console nos chagrins, met fin à la solitude,
Quand on entre en amitié avec soi-même, on comble cette solitude intérieure qu’on pouvait ressentir qui faisait qu’on n’arrive pas à être vraiment présent à soi-même, qui nous fait nous sentir toujours éloigné des autres. L’amour bienveillant envers soi même, c’est le début pour entrer en amitié avec les autres..
Et à ce moment-là, ce poids qui nous écrase parfois disparait et ce qu'il nous reste, c'est un cœur aimant - et la gratitude.
Le texte
« La troisième Noble vérité du Bouddha, selon laquelle la souffrance peut prendre fin, se résume en un mot : « cessation» : la souffrance va cesser .
Le cœur de la cessation de la souffrance , c’est cesser de nous juger tout le temps, cesser de lutter contre nous-même. La fin de cette lutte permanente avec nous-même, de nos jugements sans fin et de nos critiques sévères : cela s’appelle « entrer en amitié avec nous-même ».
C’est la pratique de l’amour bienveillant, maitri, ou metta. Maitri, en sanscrit, signifie amitié, amour bienveillant ou, simplement, amour. Parce qu’une relation aimante avec les autres émane d’une relation fondamentalement aimable à l’égard de nous-même. C’est une amitié profonde avec nous-même.
Suzuki Roshi appelle cette attitude accueillante « une vaste prairie ». Cela suppose d’accueillir nos pensées, nos émotions, les sensations du corps et les vues, odeurs, couleurs et saveurs de notre monde à bras ouverts. Cela signifie nous laisser tomber amoureux des couleurs et des sons de la terre, de l’océan et du ciel, des routes et des réverbères. Cela peut être aussi simple que remarquer la saveur d’un jus d’orange le matin ou aussi étonnant que se lever pour fermer la fenêtre à cause du bruit de la rue et se surprendre à apprécier cette musique qui flotte dans la pièce.
La liberté de cesser nos attitudes mentales récurrentes, nos ruminations ressemble beaucoup à l’expérience qui consiste à quitter une pièce étouffante, surpeuplée et sortir dans la fraîcheur du matin.
Nous cessons de vouloir nous changer – changer nos esprits et nos émotions – et nous nous laissons tout simplement être tels que nous sommes.
Nous n’exagérons pas notre potentiel, nous répétant à quel point nous sommes formidables et nous ne minimisons pas non plus nos défauts ! Nous ne dramatisons pas nos émotions, nous ne les réprimons pas non plus– que ce soit notre colère, notre jalousie, orgueil, peur de la solitude ou notre tristesse.
Nous laissons simplement tout cela exister dans cette vaste prairie, et ce laisser-exister est la cessation de la lutte – cette lutte incessante en vue de contrôler constamment notre expérience, même si ce n’est que pour quelques instants.
Le cœur du problème réside dans notre tentative désespérée de nous « réparer ». Tout comme dans la vie quotidienne, nous faisons réparer des objets parce qu’ils sont cassés ou ne fonctionnent pas bien – un problème de voiture, par exemple, souvent nous considérons qu’il y a quelque chose chez nous qui ne marche pas chez nous. Et nous voulons à toute force le réparer.
Le point de vue du Bouddha est que nous sommes tous, autant que nous sommes, fondamentalement complet.es et parfait.es. On parle de notre bonté fondamentale, ou « nature de Bouddha ». Comme le dit Suzuki Roshi, la nature de Bouddha est tout simplement notre nature humaine, càd une capacité naturelle d’Eveil, inhérente à tous les êtres.
La cessation consiste à célébrer cette bonté fondamentale, à mettre au jour une force et une confiance intérieures qui ne vont pas être affaiblies ou ébranlées par les succès ou les échecs extérieurs que nous rencontrons. La vérité, c’est que nous pouvons choisir d’être libre de nous-même. Nous sommes libres lorsque nous ne sommes plus victime de nos états d’esprit.
La possibilité d’entrer en amitié avec nous-même est une invitation déposée chaque jour devant notre porte.
La cessation signifie abandonner l’idée erronée que nous juger ou nous comparer aux autres est une façon d’accroître notre sagesse, notre compréhension et notre compassion.
Dans un enseignement, Chögyam Trungpa Rimpoche résume l’essence de la Troisième Noble Vérité : « Je m’éveille à la Sagesse avec laquelle je suis né.e et l’énergie de la compassion apparaît sans prétention. »
C’est découvrir le message libérateur que nous sommes, tel.les que nous sommes, originellement bons, fondamentalement sages et essentiellement sains et aimants.»
Alors spontanément, je pense, ne luttant plus avec nous-même, la gratitude, la joie de la gratitude, nous emplit : notre coeur est vaste, notre regard s’affine et nous voyons tout ce que nous avons reçu, qui était caché par notre lutte incessante avec nous-même.Merveilleux cadeau ! il est là devant nous, devant notre porte : entrer en amitié avec nous-même, et devenir comme une vaste prairie fleurie, avec abeilles et insectes et escargots et taupes... donnant et recevant à chaque instant !
" Entrer en amitié avec soi-même", c’est le titre d’un livre de Pema Chodron, et quel beau titre !




Commentaires