Ni facile ni difficile
- Joshin Sensei

- il y a 11 minutes
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( Notes)
Aujourd'hui je voudrais raconter une histoire qui m'est arrivée il y a quelques jours. C'est une histoire à mes dépens mais ça va… ! Je suis une nonne qui avance sur le chemin et qui souhaite partager les enseignements. Je me vois comme une « passeuse du Dharma » en quelque sorte, donc je peux raconter les choses qui m'arrivent, même à mes dépens.
La semaine passée, j'avais pris quelques jours de vraies vacances, c'était formidable. Et je devais aller dans un village où je connais des gens, où il se passait des choses intéressantes, etc. Pour diverses raisons, je n'avais pas pu me loger dans ce village, j'étais dans le village d'à côté. Il y a un train qui relie les deux villages.
Alors, le premier matin, je vais à la gare, j'attends le train, et là, miracle ferroviaire, le train qui était affiché disparaît de l’affichage et la gare reste vide, pas de train. Donc pas de possibilité d’aller où j’avais prévu d’aller. Je commence à chercher comment faire : un bus, un taxi, téléphoner, etc.
Et je ne sais pas pourquoi- bon, ce n'est pas que je n'ai pas de désirs, d’envies, mais en général, ça passe assez vite ; je peux le faire ou je ne peux pas, je peux l'avoir ou je ne peux pas... ça passe assez vite.
Mais là, je ne sais pas pourquoi, c'était peut-être le concept de vacances ! ça s'est coagulé d'une certaine façon, et c'est devenu très très fort, c'était vraiment " Je veux, je veux, je veux… je veux aller là-bas, je veux, je veux ". Alors je tournais dans ma tête toutes les possibilités et j'étais comme une mouche, une mouche dans une bouteille qui tourne dans tous les sens et se cogne contre le verre.
Bon, ça n'a pas duré des heures, juste quelques minutes et tout d'un coup je me suis vue... j'ai été vraiment stupéfaite devant l'intensité de ce vouloir. Et j'ai lâché. Je me suis dit " Mais non, je ne peux pas y aller ".
Et là, cette bascule, je ne sais pas comment dire, ça a été… je ne sais pas comment en parler. J’ai envie de dire « extraordinaire » mais ce n'est pas le mot, peut être plutôt « ordinaire, » ce ne serait pas le mot non plus, ou bien « rien du tout », c’est plus proche d'une certaine façon.
J'étais là où j'étais, là où étaient mes pieds, sur le sol, avec ce qui m'entourait, avec le ciel au-dessus de ma tête, voilà, c'est tout.
Et en même temps, c'était… j’ai du mal avec les adjectifs. Je peux dire, imaginez, vous portez quelque chose de très lourd, très, très lourd et vous le posez. C'est un petit peu cette sensation-là : « Voilà », peut-être que c'est juste ça, ce qu'on peut en dire. C'est peut être le mot « calme » qui m’est venu, mais en fait il n’y avait pas de mots, je crois, juste ... « voilà ».
Et puis la journée qui a suivi a été « tranquille », mais ce n'est pas tout à fait ça, elle était « agréable », mais ce n'est pas tout à fait ça. En fait, dès que je mets un adjectif , ça devient faux, ça devient « pas tout à fait ça ».
Il y a une image qu'on utilise pour zazen, qu'on va bien comprendre avec les canicules, c'est que ce qui va vraiment nous rafraîchir, comme zazen, c'est un verre d'eau pure. Dès qu'on va y mettre quelques gouttes de, je ne sais pas quoi, de sirop, de quelque chose, ce n'est plus tout à fait ça.
Et peut-être que ce que je peux dire, c'est ça, comme pour cette eau pure, c'est quelque chose de la transparence. Peut-être que c'est le mot le plus approprié. Aussi, Maître Dogen utilise le mot « immensité » et peut-être que ça aussi, c'est approprié.
Mais ce n'est pas tout à fait ça. Voilà. Je ne peux pas décrire vraiment. C'était un grand apprentissage pour moi parce que je lis les textes, je ne dis pas que je suis uniquement dans la théorie, heureusement ; j'essaie du mieux possible de pratiquer les enseignements, de les habiter et de les vivre, mais voilà parfois ça accroche, ça bloque, et c'était pour moi formidable de me dire « Oui voilà, comme ça ». ( ouvrir les mains, ouvrier les bras) Pas d'autre mot, c'est comme ça et voilà tout !
Je ne peux pas dire mieux... à vous de faire et à vous de voir !




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