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  • Photo du rédacteurJoshin Sensei

Le Bouddha, Sujata, et nous

(Notes)

Il y a quelques années, au cours d’une retraite de début décembre, sur l'Illumination du Bouddha, il y a une chose qui nous est apparue, que je dois dire, je n'avais pas vue comme ça jusque là, et qui illustre l’interdépendance complète, qui pour moi est la base de l’Enseignement du Bouddha, et la condition dans laquelle nous vivons.


La vie du Bouddha bien sûr, vous la connaissez : sortant de son palais, il a vu la souffrance et il a décidé de partir pour trouver une solution pour aider tous les êtres, pas pour lui, une solution pour tous les êtres à cette souffrance. Il part, il quitte son écuyer, son cheval, ses vêtements princiers, etc, et s'enfonce dans la forêt. Il étudie avec des Maîtres, puis rencontre d'autres renonçants et il commence une période extrêmement ascétique dans laquelle il mangeait au mieux un grain de riz par jour On a des représentations extrêmement impressionnantes, très réalistes, avec les côtes qui dessinent la maigreur extrême,, une figure émaciée.... Et il sait au bout d'un moment, qu’il est proche de la mort.

Et là, il se rappelle les premières méditations qu'il a faites, la joie qu'il en éprouvait, et il se dit que vouloir éteindre le corps n’est pas une solution. Il quitte ses compagnons et il descend dans la vallée.


C'est là ce qui m'intéresse, cette descente dans la vallée. Parce que le temple de mon Maître est dans la montagne, dans la forêt, et quand on descend dans la vallée, en fait, on va vers le monde, on va vers les autres. Ce sont les vallées qui sont habitées, cultivées, irriguées ; c’est là que se passent la vie et la mort des êtres humains.


Et alors, il va y avoir le soleil parce que, en pleine montagne, sous les arbres, le soleil ne passe pas, le Bouddha peut sentir la chaleur du soleil sur sa peau.

Et il va y avoir une rivière : le Bouddha va vers la rivière, et il va pouvoir boire, se rafraîchir, se laver.

Il y a l'eau, le soleil, et puis des arbres pour l’ombre et la fraîcheur, et ce grand arbre, l'Arbre de l'Eveil.

Et puis surtout, et c'est ça ce qui me touche, il va y avoir des personnes ; en fait, il va y avoir le monde entier qui va être là pour assister le Bouddha et le porter en quelque sorte jusqu'à l'Eveil.

Ça commence comme vous le savez, par ce jeune gardien de buffle, Sotthiya, qui coupe de l'herbe et qui en donne plusieurs gerbes pour s'asseoir plus confortablement sous l'arbre. On continue dans la nature avec cette herbe et la présence des buffles, et déjà une personne.


Et puis Sujata, c'est une figure qui me touche beaucoup. C'est une jeune femme du village, on est dans une culture animiste, n'est-ce pas ; elle était allée toujours auprès de l'arbre qu'avait choisi le Bouddha parce que c'était le plus bel arbre autour du village et elle faisait des offrandes à l'esprit de l'arbre.

(Il faut noter que dans les Jatakas, on va retrouver un texte avec des esprits de l'arbre, et pourquoi les monastiques n’ont pas le droit de couper les branches des arbres . Très joli conte parenthèse)

Donc elle fait des offrandes à l'esprit de l'arbre. Et puis à son mariage, elle a fait une offrande pour avoir rapidement un enfant. Et quand elle voit qu'elle est enceinte, alors elle décide de faire une super offrande et elle prépare avec soin avec le lait de la bufflonne, ( de cent bufflonnes...) elle prépare un gâteau de riz, enfin quelque chose de très soigné, très délicieux, et elle veut aller le porter à l'esprit de l'arbre et sous cet arbre, elle voit le Bouddha.

Elle pense que c'est l'esprit de l'arbre qui s'est incarné en quelque sorte, et elle fait cette offrande de riz au Bouddha. Et ce don va lui redonner des forces et lui permettre d'entrer dans la nuit de l'Eveil

et donc là en fait, j'ai tout, les personnes, J’ai toute la culture en même temps : la culture du riz, la cuisson, le soin.

Et puis j'ai le geste, le même geste que celui du jeune garçon. J'ai le geste du don et c'est à travers toute cette nature, à travers la rivière, le soleil, les buffles, l’arbre, la cuisine faite avec soin et et avec amour, excusez-moi pour l'expression, et puis et surtout le geste du don, et c'est à partir de là, c'est appuyé là-dessus que le Bouddha va entrer dans l'Illumination.


Il n'y a pas d'Illumination seul. C'est comme si tout l'univers conduisait le Bouddha vers cette Illumination, et ça pour moi, c'est ce qui me donne confiance parce que ce n'est pas quelqu'un qui, dans un coin voilà, s'éveille tout seul.

Non, il faut tout l'univers pour que le Bouddha s'éveille, il faut tout l'univers pour que nous nous éveillions. C’est grâce à tout l’univers que le Bouddha s’éveille, nous sommes inclus dans cette Illumination. Et, grâce à l’Eveil du Bouddha, la lumière merveilleuse du Dharma, pour citer M° Dogen, emplit tout l’univers.


Il faut tout l'univers pour que nous entrions dans la Voie du Bouddha et que nous avancions sur le Chemin du bodhisattva, c’est grâce à tout l’univers que nous entrons et avançons dans le Chemin du bodhisattva. Et à notre tour nous donnons, nous redonnons, cette lumière à tout l’univers. Ca marche dans les deux sens ! Je ne peux pas les distinguer- l’Univers, le Bouddha, nous, moi...

Et ça pour moi, c'est la confiance parce qu'encore une fois, ça me dit tout est Inter, je sais pas quoi. Inter-mêlé comme ça ? Voilà le Bouddha, nous, parce que ce jeune gardien de buffle, ou Sujata, c'est nous, à chaque fois qu'on a ce geste du don, à chaque fois qu'on offre METTA, ma traduction de metta, je n'aime pas trop « « gentillesse aimante », je n'utilise pas le mot amour, je trouve que c'est un mot trop chargé, pour moi la traduction que je comprends de METTA, c'est prendre soin. Metta, c'est prendre soin, là ces 2 personnes, jeune garçon, jeune femme, ont pris soin du Bouddha et le Bouddha s’est assis pour prendre soin de tous les êtres.


Et parce que tout est interconnecté comme ça, inter-mélangé, que nous pouvons/devons prendre soin les uns des autres. Et que nous recevons à chaque instant des autres. Et c'est dans ce cadre-là que nous allons vivre notre vie, dans le donner et dans le recevoir. Il y a une très jolie une très jolie phrase de Kodo Sawaki: « Le ciel et la terre font des offrandes. L’air, l’eau, les plantes, les animaux et les êtres humains font des offrandes. Toutes les choses se font des offrandes mutuelles.

Ce n’est que dans ce cercle d’offrandes que nous pouvons vivre. »


Quelques réflexions sur Sujata par une pratiquants de cette retraite :


Comme je travaillais sur la partie « Sous l’arbre de l’éveil ; les dons », je me suis plus particulièrement intéressée aux dons.

D’abord aux dons que l’on fait, surtout en tant que laïcs : Sujata, en faisant son offrande au Bouddha, lui permet de vivre, de poursuivre sa pratique, d’atteindre l’éveil et, au final, d’enseigner, puis elle devient elle-même une disciple.

Cela m’a rappelé les enseignements sque l’on trouve dans les soutras, sur le don et sur la pratique du don des laïcs vis-à-vis des enseignants du Dharma et des monastiques, ainsi qu’un texte de Thanissaro Bikkhu qui posait la question : « Comment pouvons-nous rendre ce que nous recevons de nos maîtres ? » et citait la réponse faite par un moine : « en pratiquant ». Et j’ai été très touchée par cette boucle.


Ensuite, j’ai pensé aux dons que l’on reçoit, et je me suis demandé qui étaient mes « Sujata ». En y regardant de plus près, je me suis dit qu’en fait toute l’histoire du Bouddha, et toute mon histoire à moi, étaient jalonnées de Sujata.

Les parents, d’abord, qui, dans des circonstances normales, nous nourrissent et nous protègent du mieux qu’ils peuvent, même maladroitement, même de façon inadéquate. Puis toutes les personnes que nous croisons sur notre chemin, même celles qui nous font du mal, parce qu’elles contribuent aussi, comme les situations difficiles de la vie, à nous amener à la pratique – même si on ne le voit pas tout de suite. Les enseignants du Dharma, les personnes qui organisent des « occasions » de pratique (journées, retraites, …) ou créent des lieux de pratique, les personnes qui s’asseyent avec nous…


Même Mara est présent dans Sujata – parce que le doute et les obstacles sur la Voie, quand on parvient à passer au travers, nous permettent de nous établir dans notre pratique et d’affermir notre résolution. A vrai dire, j’en suis venue à penser que Sujata était partout, et que ses dons étaient sans fin…

F.





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