L’expression naturelle de notre vie
- Joshin Sensei

- il y a 5 heures
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Vous savez que lorsqu'on décide de s'engager dans la voie du Bouddha, on reçoit dix « préceptes »- sans savoir exactement ce que cela veut dire.
Déjà le mot est un petit peu difficile je crois, je n’en connais pas beaucoup d'autres, « les interdits, les recommandations », etc.
Parce qu'on pense que les préceptes nous interdisent des actions, que ce soit du corps ou de l’esprit. On comprend que certains actes n’apportent que des retours négatifs, un poids à porter dans notre vie ou des conséquences négatives.
Alors on dit, dans un premier temps, de façon plus constructive, nous voyons que les préceptes sont comme un guide sur notre chemin : par ex vous allez partir en montagne, vous ne connaissez pas le chemin, vous allez prendre un guide qui va vous emmener et éviter les endroits dangereux, éviter que vous vous perdiez, etc.
Mais deux problèmes : le premier, c'est qu’on a tous l’impression qu'on n'a pas besoin de guide pour suivre les préceptes. Bien sûr je ne vais tuer personne, bien sûr je ne vais voler personne, bien sûr je ne vais pas mentir...mmmm là… ?! Oui bien sûr, mais enfin là, ça dépend un peu de...et voilà, on ne sait plus exactement.
Le second problème, c'est qu'on ne peut pas les suivre ; par ex ne pas tuer, ne pas prendre la vie. Même si vous décidez d'être végétarien, vous ne voulez pas manger d’ animaux, eh bien forcément au moment où vous mangez des pommes de terre, c'est parce qu'il y a quelqu'un qui a tué les doryphores, OK ce n’est pas vous directement mais vous êtes en relation avec ce geste...Ou bien si vous prenez des antibiotiques pour tuer des microbes....
Donc le problème des préceptes, c'est ça. Il est impossible de les suivre. Mais d'un autre côté, c'est impossible de ne pas les suivre, parce que sinon, ( je ne parle pas ici seulement des préceptes bouddhistes, de la nécessité d’une morale au niveau sociétal- mais d’une éthique personnelle ), notre vie part dans tous les sens et elle est basée uniquement sur "je", "moi", ce que je veux, ce que j'aime, ce qui me plaît, ce qui ne me plaît pas, etc., .
Ce serait une vie basée basé sur notre ignorance, sur ignorance de notre interaction, de notre intér-être avec le monde et avec les autres. Okumura Roshi dit que lorsque nous nous éveillons à la réalité que nous-même et toute chose sommes impermanents et dépourvus d'ego, nous voyons que nous ne pouvons nous accrocher à rien. Mais d’autre part, quand nous nous éveillons au fait que chaque chose est interconnectée à toutes les autres choses, comme les noeuds du filet d’Indra, nous voyons que nous sommes soutenus par toutes les choses et que nous vivons avec ( à l'intérieur de) toutes les choses. Nous ne pouvons exister qu’en relation avec les autres. C'est cette réalité qui est la source des préceptes. bien sûr.
C'est un koan, parce que : vous ne pouvez pas, mais - vous ne pouvez pas ne pas non plus.
Il y a beaucoup de koans dans la littérature du zen pour nous expliquer que prendre les choses au pied de la lettre, ça ne va pas, mais refuser en quelque sorte la lumière des préceptes, eh bien ça ne va pas non plus.
Avant de lire les 10 préceptes en question, je voudrais reprendre une partie d'un dialogue, d'une sorte de koan, de dialogue zen cité par Tenshin Anderson Roshi :
« Le disciple Yakusan s’était avancé dans les préceptes de tout son coeur mais il pensait que c’était des choses fixes, rigides. Il pratiquait de façon littérale, dualiste et ne pouvait se libérer de son anxiété. ( Est-ce que je fais bien ? ») Il alla voir le grand Maître Sekito Kisen et lui parla de ce problème: « J’ étudie la Voie du Bouddha depuis longtemps, mais je ne comprends toujours pas qui est le Bouddha ni qui je suis. Je ne comprends pas le rapport entre moi et Bouddha. J’ai entendu dire que le Bouddha était heureux et libre, mais moi ces pratiques ne me donnent ni liberté totale, ni coeur satisfait ».
La réponse de Sekito Kisen exprima la lumière insaisissable – (nous avons besoin de la lumière, mais qui peut la saisir? ) des préceptes et pointa directement la véritable nature de l’esprit humain :
« Pratiquer la Voie comme vous l’avez fait ne va pas; pratiquer de la façon contraire n’ira pas, et combiner les deux n’ira pas du tout. Il n’y a aucun endroit où se tenir, vous ne pouvez pas réaliser cela par votre propre pouvoir. Alors qu’en est-il pour vous ? »
Yakusan ne put répondre à cette question. Il essayait encore de trouver un endroit où se tenir ( On n’a aucun endroit où se tenir!),encore d’attraper l’insaisissable. Mais la signification ultime se révèle là où vous ne pouvez plus rien attraper.
Rencontrant Mazu, il essaya à nouveau. Mazu lui répondit: « Bien que cela soit insaisissable, je peux quand même remonter mes sourcils ou pas. Quelquefois un clin d’oeil capture l’insaisissable, quelquefois pas. Sans essayer d’attraper quoi que ce soit pour vous aider, vous vivez seulement votre vie à partir de la lumière des préceptes. Juste maintenant, qu’en est-il pour vous ? »
Cette fois, Yakusan n’essaya pas d’attraper la lumière des préceptes, et il ne chercha pas non plus à la fuir. Il resta juste- droit- et il fut donc illuminé. Il s’éveilla au monde où tout ce que nous faisons n’est possible que grâce au soutien que nous recevons et donnons à tous les êtres.
Après cette compréhension- réalisation, les préceptes n’étaient plus quelque chose d’extérieur qu’il s’imposait à lui-même, mais au lieu de cela, ils naissaient de lui comme l’expression naturelle de sa compréhension de la vie. Il savait quoi faire, sans réfléchir. Mais cette réalisation ne vint qu’après des années d’essais infructueux de réaliser les préceptes par pouvoir personnel. » in Being Upright Zen Meditation and Bodhisattva Precepts
« Ils naissaient de lui comme l’expression naturelle de sa compréhension de la vie. » Alors, je me suis demandé, est-ce qu'on pourrait dire que c'était une éthique pour lui à ce moment-là ?
Et puis je me suis dit non, bien sûr, parce qu'une éthique, c'est encore quelque chose d’extérieur qu'on se donne à soi-même, qu’on choisit. ? On peut penser qu'elle va coïncider en quelque sorte avec nos valeurs, notre façon de vivre, etc. Mais là, ce n'est pas ça. C'est quelque chose qui naissait de lui, non plus quelque chose d'extérieur qui rencontre nos aspirations intérieures, deux au départ, puis cela peut devenir un. Non, c'était quelque chose de lui qui traduisait sa nature profonde et il aurait été impossible de faire autrement. Et c'est là où on comprend cette phrase toujours surprenante, qu'il est impossible pour un bodhisattva de faire quelque chose de faux, c'est-à-dire de non juste.
C'est impossible, voilà, parce que simplement, ça n'existe plus à l'intérieur de lui-même. Donc on ne peut pas dire qu’il ne suit pas les préceptes, ni qu’il les suit, préceptes et lui ( et c’est là où il se trompait) n’ont jamais été deux.
Préceptes
D’après Kobun Chino Roshi : formuler les préceptes sous leurs deux formes, positive et négative
Je fais le vœu de chérir la vie, de ne pas tuer
je fais le vœu d'accepter ce que je reçois et de ne pas voler
je fais le vœu de respecter les autres et de ne pas les abuser sexuellement
je fais le vœu de pratiquer la vérité et l’honnêteté, de ne pas mentir
je fais le vœu de pratiquer la clarté de coeur et d'esprit, de ne pas intoxiquer mon corps où mon esprit ni ceux des autres
Je fais le vœu de parler avec douceur et de ne pas blesser par mes paroles
je fais le vœu de pratiquer la modestie, de ne pas me mettre en avant aux dépens des autres
je fais le vœu de pratiquer la générosité et de ne pas être possessif des êtres ou des choses
je fais le vœu de pratiquer l'amour et la gentillesse aimante et de ne pas garder de malveillance ou de rancune envers quelqu'un
je fais le vœu de prendre soin et de choyer les Trois Trésors .
Le Maître du Ch’an Wanson écrivit: « Comprendre la signification en s’appuyant sur les écritures, c’est l’ennemi des bouddhas de tous les temps; dévier d’un mot des écritures c’est parler les paroles d’un diable ». Alors : lumière insaisissable !




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