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L’esprit questionneur !

Samedi dernier, Harada Roshi nous a parlé de l’esprit discriminant, un obstacle qui nous empêche de voir les choses telles qu’elles sont, et aujourd’hui, il nous parle de l’« esprit questionneur », indispensable pour rencontrer notre vrai Soi.

Je pense que ces mots « Esprit questionneur » nous interpelle, mais attention au contresens.


L’histoire : Gensha se sent bloqué dans sa pratique et il décide de changer de Maître. Mais en fait le problème, ce n'est pas le Maître de Gensha, c'est lui-même qui s'est bloqué lui-même parce que il s'est accroché à une idée : le Soi ( S). Et puis il n’en bouge plus. Il arrête de questionner cette idée et c’est ça ce qu'il faut bien comprendre. Parce que quand on lit « esprit questionneur »... surtout pour des français, ça paraît très bien, ça ne pose pas de problème de tout questionner ! Mais en fait, ce dont on parle ici, c'est de questionner soi-même, c'est de questionner ses propres idées, c'est de questionner ses propres blocages, c’est-à-dire là où l’on a crée une idée, un concept, en bref c'est de questionner son propre esprit.

Gensha a pensé : il y a le vrai Soi qui existe. Il le cherche, il le cherche, mais il ne s'interroge pas sur sa représentation de ce « Soi ».


C’est la question d’un Maître à un disciple qui arrive :

«  Êtes-vous ici pour vous débarrasser de l'illusion, ou êtes-vous ici pour chercher la vérité ? » : pauvre disciple ! Parce que quelle que soit votre réponse, elle sera fausse : vous avez défini, et donc solidifié, (mort) les deux termes : «  Illusion » et « Vérité ». Donc soit vous allez chercher qqc qui est la création de votre esprit ( Vérité ), soit vous allez essayer de vous débarrasser de qqc (Illusion) qui est aussi la création de votre esprit ! Non pas que les deux d’une certaine façon n’existe pas, mais vous les avez « remplis » de vos propres idées !


Donc revenons à la question de Gensho : qu'est-ce que c'est que le vrai Soi ? Quel est le rapport avec le quotidien au moment où il se fait mal comme ça ?

Et passer par le corps, c'est un grand classique du zen ! Vous savez, il y a une autre histoire avec un jeune disciple qui regarde son maître et qui lui dit «  J'ai compris, tout est vide, tout est vacuité, voilà ». Et le Maître prend un caillou et le lui lâche sur le pied. Et le disciple s'aperçoit que les phénomènes, ça existe.

Et là, Gensha quand il se fait mal, ça le fait se questionner lui-même, Qu'est-ce que c'est que le vrai Soi ? Si le « soi »avec un petit s peut provoquer une douleur comme ça, et faire questionner le Soi (S).


Et il comprend que son problème donc, ce n'est pas de changer de Maître, mais de se mettre à questionner et encore questionner son propre esprit.

C’est là le vrai questionnement ! J'ai entendu souvent, ça me fait un peu sourire, mais j'ai entendu souvent des contresens : vous savez dans le Zen Rinzaï, on dit que le premier pas important, c'est « le grand doute ». Et j'ai entendu bcp de personnes qui pensaient que ce dont il fallait douter, c'était des enseignements du Bouddha ! Mais non, pas du tout. Le grand doute, c'est de douter de vous-même, de votre esprit, de votre construction du monde, de vos représentations du monde et de ce que vous appelez » moi ».

Ça, c'est le doute et c'est ce questionnement qui va faire que, à un moment, il y aura « un », unité.


Harada Roshi dit, si vous êtes toujours « un » avec votre esprit questionneur, cet esprit disparaît.

«  Disparaît » : sans que vous ayez à le « faire disparaître », c’est « corps et esprit abandonnés naturellement ».

Lorsque la circonstance appropriée se présentera - lorsque vous aurez mâché et remâché votre questionnement, lorsque vous aurez complètement mis en doute votre esprit, il disparaîtra complètement. Parce qu'à ce moment-là, vous serez un, unifié à la fois en vous-même et avec l'extérieur: « En vous abandonnant aux six fonctions de vos sens telles qu’elles sont, il se peut que vous découvriez que vous êtes un avec toute chose » nous a dit Harada Roshi.


Pas que ce questionnement disparaîtra parce que vous aurez une réponse, mais au contraire, vous n'aurez plus de réponse, plus d’idée sur le Soi, ou autre concept, l’Eveil, le samadhi, l’illusion etc.

La seule réponse, c'est la disparition de cet esprit questionneur.

Mais attention paradoxe ! Vous ne pouvez pas décider de passer par-dessus, de « rien penser » ! Ce questionnement est un, comment dire, qui est un passage indispensable pour  la « Réalisation » : on réalise que tout était là depuis toujours sous notre nez et on réalise « soi-même », dans toutes ses dimensions de libération – c’est-à-dire de sagesse et de compassion.


Maître Dogen est très clair : ce n’est pas, comme le suggérait traitreusement un M° plus haut, rejeter l’esprit qui pense pour chercher (mais où ?? ) la Vérité.

Dans « Esprit d’Eveil Bodaishin SBGZ » : «  C'est toujours l'esprit ( qui pense, citta) qui est utilisé pour faire naître l'esprit d'Eveil-  

Seul cet esprit peut générer l'esprit d'Illumination (le Vrai Soi). Ce n'est pas que nous prenions cet esprit pensant comme étant lui-même l'esprit d’Eveil ; c'est au moyen de cet esprit pensant que nous générons l'esprit d’Eveil » 

 

C’est mettre en lumière cet esprit d'Eveil qui va unifier à la fois forme et vacuité, esprit qui pense et vrai Soi.

Donc on en revient toujours à la même idée : on n'a pas besoin de se débarrasser de quelque chose : il faut qu'on arrive à questionner suffisamment notre esprit pour sortir de notre esprit ! C'est ce que font les koans dans le zen Rinzai. Et c'est ce que fait le Soto Zen dans ce silence de l'esprit qui nous permet d'abandonner toutes nos représentations.

Le problème ce n'est pas l'esprit qui pense, le problème, ce sont les représentations auxquelles nous nous accrochons.

Et parfois le zen ne fait qu'activer encore plus de représentations. Utiliser le terme « Vrai Soi » va faire naître encore plus de représentations. Utiliser le terme Eveil, Satori, etc, également.


Toutes ces questions où il nous semble que les M° ridiculisent un peu les moines qui demandent qu’est ce que le Bouddha, ou l’Eveil, etc, et eux répondent, le cyprès dans la cour, ou trois livres de riz.

Un jour un M° donne le fin fond de la réponse : «  Ton questionnement à cet instant même, voilà ton trésor. »

Toutes nos conditions extérieures, que soit notre âge, notre pratique, notre expérience, etc tout ça n' n'importe pas, parce que nous allons rencontrer la condition qui va permettre cette unification : se cogner le pied, se pincer les doigts, entendre le bruit d’un bambou, voir tomber une fleur de cerisier...ou bien aujourd’hui entendre sonner le smartphone de son voisin dans le train, ou le crissement des freins d’une voiture…

Nous pourrons nous oublier, laisser les choses telles qu'elles sont. En fait, il faut questionner pour arrêter de questionner.


Il faut interférer avec notre propre esprit pour arrêter d'interférer avec les choses et laisser les choses être telles qu'elles sont. Et à ce moment-là, nous sommes en unité. 


Gensha devint un M° très célèbre, il apparaît dans de nombreux dialogues, notamment une phrase célèbre, qui résume le texte d’aujourd’hui :

« Le sommet de la montagne est exactement là où je suis… »





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