L’esprit, les montagnes, la naissance, la mort
M° Dogen :
« La Grande Terre avec ses montagnes et ses rivières, ainsi que le soleil, la lune et les étoiles, constituent la substance même de notre esprit. Ainsi, en cet instant précis, quelle sorte de choses apparaît sous nos yeux ? Lorsque nous parlons de la grande terre avec ses montagnes et ses rivières, les montagnes et les rivières font référence à une montagne et à un cours d’eau particuliers : mais « la Grande Terre » ne se limite pas uniquement à cet endroit où nous nous trouvons actuellement.
Il existe également de nombreux types de montagnes. Il y a de grands monts Sumeru et il y a de petits monts Sumeru. (Mt Sumeru : le centre de l’univers)
Il y en a qui s’étendent horizontalement et il y en a qui s’élèvent verticalement. Il y en a au sein de trois mille mondes et il y en a dans d’innombrables pays. Il y en a qui dépendent de leur forme et il y en a qui dépendent de l’espace vide.
Les rivières, de même, sont de nombreux types. Il y a des rivières célestes et il y a des rivières terrestres.
« La terre » ne désigne pas nécessairement la terre ferme, et la terre ferme ne désigne pas nécessairement « la terre ». La terre peut désigner la terre ferme, elle peut désigner le sol de notre esprit, et elle peut désigner une terre précieuse, telle qu’un monastère.
Bien que nous disions que la terre est ce dont toutes choses sont faites, cela ne nie pas le concept de « terre », car il peut exister des mondes dans lesquels l’espace est considéré comme « la terre ». Il existe des différences dans la manière dont le soleil, la lune et les étoiles sont perçus par les humains et les êtres célestes, car leurs points de vue ne sont pas tous identiques.
Comme telle est la réalité des choses ( la Réalité, au-delà de ce que perçoit notre « petit moi »), les perspectives de l’ensemble de notre esprit fonctionnent comme une seule et même entité. Ces perspectives constituent déjà ce qu’est notre esprit. Alors, devons-nous considérer la Grande Terre avec ses montagnes et ses rivières, le soleil, la lune et les étoiles comme étant en nous ou hors de nous, comme surgissant ou comme disparaissant ?
À notre naissance, un grain de quelque chose s’ajoute-t-il à nous ? À la mort, un grain de quelque chose nous quitte-t-il ?
Où pouvons-nous trouver cette naissance et cette mort, ainsi que nos opinions à leur sujet ?
Jusqu’à présent, elles n’ont été qu’un instant de l’esprit, puis un second instant de l’esprit. Un instant de l’esprit, puis un second instant de l’esprit, c’est une Grande Terre avec ses montagnes et ses rivières, puis une seconde Grande Terre avec ses montagnes et ses rivières. Puisque des choses telles que la Grande Terre avec ses montagnes et ses rivières dépassent la question d’exister ou de ne pas exister, elles dépassent le fait d’être grandes ou petites, d’être acquérables ou non, d’être directement connaissables ou non, d’être pénétrables ou non , et elles ne changent pas selon que nous nous sommes éveillés ou non. »
M° Dogen Uji : Être-temps
Des questions et des questions...Maître Dogen questionne tout, sans cesse et nous pousse à nous questionner au-delà de tout ce que nous imaginons ! Savons-nous ce qu’est notre esprit ? Ou même une montagne ? Et qu’en est-il de notre naissance ? Ce qu’il appelle « la Grande Terre », tout l’univers pour dire vite, est-il en nous ou hors de nous ? Un monde dans lequel l’espace est considéré comme la terre ? La substance même de notre esprit est la Grande Terre avec montagnes et rivières...mais je ne sais pas ce que sont montagnes et rivières… Je sais juste, ou plutôt j’apprends à savoir, que je suis reliée à tout ce qui est, que je suis de la même nature qu’un arbre ou un météore, que les atomes qui composent mon corps ont été forgés au cœur des étoiles...que je respire grâce aux algues et aux plantes, que mes gestes changent l’univers…
Comment M° Dogen le savait-il quand il pose la question : le monde est-il en nous ou hors de nous ? Je crois que même aujourd’hui, nous ne savons pas répondre...
Je suis particulièrement touchée par ceci :« À notre naissance, un grain de quelque chose s’ajoute-t-il à nous ? À la mort, un grain de quelque chose nous quitte-t-il ? » Ah, moi qui pense en termes de gain ( à la naissance) et de perte ( à la mort) voilà une question qui m’arrête...
Réponse ? Non bien sûr je n’ai pas de réponse...Juste un aperçu de ce qui apparaît sous mes yeux, peut être, quand je lis M° Dogen !

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