Je sais, je sais...
« Je sais, je sais, je sais »…sujet clos, ni envie d’en savoir plus, ni surprise, ni émerveillement. Une porte qui se ferme !
« Connaître les montagnes, ce n'est pas savoir au sujet des montagnes, mais vivre et mourir avec elles... » M°Dogen
Notre savoir, nos connaissances amènent d’autres possibles. Quand je dis: « je sais », je ferme le sujet. C’est rigide. C’est la non-possibilité de voir, manipuler, toucher d’autres choses, à savoir l’ouverture, la découverte, la souplesse, la flexibilité, être comme l’eau courante de la rivière.
Voici ce qu’en dit Zenkei Blanche Hartman Roshi : « L’esprit du débutant, c’est la pratique du zen en action. C’est l’esprit innocent, vierge de toute idée préconçue et d’attente, de jugement et de préjugé. L’esprit du débutant est simplement présent, prêt à explorer et observer, et à voir « les choses telles qu’elles sont ».
Je me représente l’esprit du débutant comme l’esprit qui fait face à la vie à la manière d’un jeune enfant, empli de curiosité, d’étonnement et d’émerveillement. « Tiens, qu’est-ce que c’est ? Et ça, là-bas ? Et ceci, qu’est que ça signifie ? » Sans aborder les choses avec un point de vue bien arrêté, sans a priori, se demandant simplement « Qu’est-ce que c’est? ».
Je déjeunais avec le jeune Indigo (son petit fils) au City Center (un centre de pratique du zen soto à San Francisco). Il s’était pris d’intérêt pour un objet qu’il avait repéré sur la table. Il l’avait attrapé et s’était mis à jouer avec. Il l’examinait, le mettait en bouche et le cognait contre la table - il était entré en interaction avec cet objet sans idée préconçue de ce qu’il pouvait bien être. Pour Indigo, c’était juste quelque chose d’intéressant, et il prenait un plaisir manifeste à explorer tout ce qu’il pouvait en faire. Vous et moi, nous nous serions contentés de dire : « C’est une cuillère. On la pose là et on s’en sert pour manger la soupe. » Vue sous cet angle, la cuillère ne recèle plus toutes les possibilités qu’Indigo y voit.
En regardant faire Indigo, on peut voir l’innocence de ce « Qu’est-ce que c’est ? »
Sommes-nous à même de regarder nos vies sous cet angle ? Sommes-nous à même de regarder tous les aspects de nos vies avec cet esprit, simplement prêts à voir ce qu’il y a à voir ? Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous, mais pour moi, c’est très difficile. J’ai beaucoup d’habitudes mentales - comme la plupart d’entre nous, je pense. Les enfants commencent à perdre cette innocence au bout d’un moment et, bientôt, ils veulent être « celui qui sait ».
Nous voulons tous être « celui qui sait ». Mais si nous décidons que nous « savons » quelque chose, nous ne sommes plus ouverts à d’autres possibilités. Et c’est vraiment dommage. Quand il est plus important pour nous de savoir que d’être présent à ce qui est, nous perdons un élément de vital dans nos vies. Nous sommes déçus parce que nous attendons quelque chose et que tout ne se passe pas comme prévu. Ou nous pensons qu’une chose devrait être comme ci, alors qu’au final, elle est comme ça. Au lieu de nous dire « tiens, comme c’est intéressant ! », nous nous disons : « pfff, ce n’est pas ce que je croyais ». Dommage. La nature même de l’esprit du débutant, c’est de ne pas savoir, de ne pas être un expert.
Comme le dit Suzuki Roshi dans le prologue d’Esprit Zen, esprit neuf, « L’esprit du débutant contient beaucoup de possibilités, mais celui de l’expert en contient peu ». En tant qu’expert, vous avez déjà pensé à tout, de sorte que vous n’avez plus besoin d’être présent à ce qui se passe. Dommage. »
Comment cultiver cet esprit libre de juste s’éveiller ? En zazen, en s’asseyant simplement, en s’asseyant et en remarquant l’effervescence de notre esprit et toutes les vues figées que nous avons.
Une fois que nous remarquons ces vues bien arrêtées que nous trimbalons partout avec nous, toutes les idées préconçues que nous avons, il devient possible de les laisser passer et de se dire « Peut-être que ce sera comme ça ou peut-être pas ».
Suzuki Roshi a dit un jour : « L’essence du zen, c’est "pas toujours ainsi" ». Pas toujours ainsi. C’est une bonne maxime à garder à l’esprit quand vous avez vos certitudes. Elle vous permettra de re-regarder plus attentivement et de voir quelles autres possibilités une situation peut receler. »
« Connaître les montagnes, ce n'est pas savoir au sujet des montagnes, mais vivre et mourir avec elles... »
Dans notre tradition du Zen, pour étudier, escalader la montagne c’est-à-dire être un avec, nous mettons notre vie spirituelle dans notre corps, nous sommes ouverts aux gestes, au faire.
Quand nous marchons le Chemin, c’est avec le corps. Nous refaisons des gestes encore et encore. Par exemple se laver les dents, oui mais comment ? Dans la présence ou dans l’automatisme ? En général l’esprit entraîne le corps alors que pour nous, dans notre pratique, c’est le corps qui entraîne le cœur.
Tous ces gestes, épurés, vont amener plus de silence, d’espace, d’harmonie à l’intérieur de soi et à travers les situations vécues dans notre environnement.
Nous étudions les formes pour aller au-delà de la forme- c’est encore et encore apprendre, ne pas rester fixé.e. Comme dans l’escalade, on fait un avec la paroi, les muscles font écho aux aspérités de la paroi, les doigts dans les plus petits creux, et on ne peut pas « rêvasser », on doit être un avec la montagne. On doit s'y abandonner totalement, s’ouvrir totalement.
Beaucoup de souplesse en étant très attentif, totalement présent. Alors, on passe du monde fini au monde infini.
C’est cela, continuer la recherche, escalader sans fin les montagnes.
On veut tout maîtriser, contrôler, dehors, dedans, avec la tête. Mais pour s’ouvrir à l’infini (escalader les montagnes), il va falloir s’abandonner, accepter, dire oui.
Garder l’esprit neuf, l’esprit du débutant : « Qu’est-ce que c’est ? »
Notes d’enseignement, Joshin Sensei
Extrait de Seeds of a Boundless Life de Zenkei Blanche Hartman, Source : http://tricycle.org/trikedaily/zen-not-knowing/





Commentaires