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  • Photo du rédacteurJoshin Sensei

L’esprit de tous les jours est la Voie

C'est vrai que je me souviens que la première fois où on entend ça, on se dit « Oui ? Vraiment ?...C’est tout ? Cet esprit embrouillé et confus...»

On attend quand même quelque chose d'autre de notre pratique. On attend que la Voie, ce soit quelque chose, je ne sais pas, de brillant, de confortable, de de beau...de différent de ce qu’on ressent souvent comme la grisaille quotidienne et la confusion de nos pensées !

Et puis tout d'un coup Harada Roshi nous dit : « Non ! Voilà : C’est la vie de tous les jours, la vie telle que vous la vivez actuellement, toutes nos activités de la vie ordinaire à partir du moment où nous nous levons le matin jusqu'au moment où nous nous couchons le soir, c'est la Voie ».

Il y a une sorte de déception, c'est sûr. Et à ce moment-là, lorsque nous nous disons, Ah alors c'est ça, la Voie! , nous créons une séparation entre nous et la Voie.

Le problème, nous dit Harada Roshi, ce n'est ni notre vie quotidienne, ni la Voie, c'est la construction mentale que nous faisons de ces deux termes quand nous entendons cette phrase.


« Vie quotidienne ». : Que vivons-nous d'autre que notre vie quotidienne à travers ses multiples activités ? Y a-t-il un moment dans notre vie qui soit hors de notre vie, en quelque sorte, c'est impossible. « Tout ce que nous rencontrons est la Voie. » nous dit Uchiyama Roshi. La même chose sous une autre forme.

Donc ce que nous vivons à chaque instant, que nous le vivions consciemment ou sans y prêter garde, comme, vous savez, quand on passe d’une pièce à l'autre ou quand on attrape quelque chose dans un placard ou qu'on va jusqu'à la station de métro... à ce moment-là, c'est comme si on n’était pas dans notre vie parce qu'on est seulement dans notre tête. Et pourtant, chaque activité, chaque moment de notre vie est notre vie quotidienne.

Et l'autre terme, la Voie. Alors peut-être que nous avons imaginé la Voie. sous une certaine forme, c’est la Voie du Bouddha, la Voie de la sagesse, la Voie de la compassion, etc.

Mais en fait, il n'y a pas d'autre Voie que ce qui est là, exactement en cet instant, sous nos pieds. Il n'y a pas d'autre Voie que ce que nous vivons.


Or, c'était exactement ce que nous vivions tous les jours, la Voie du Bouddha sous nos pieds, jusqu'à ce que nous entendions cette expression, nous dit Harada Roshi. Et puis, dès que nous entendons cette expression, nous commençons à juger, à évaluer, à soupeser cette idée.

« Dans le zen, nous dit Harada Roshi, , vous ne devriez pas attacher de signification particulière à « esprit de tous les jours » ou à « la Voie ».


Comment est ce possible ? Nous posons la Voie comme quelque chose à atteindre, quelque chose hors de nous et à ce moment-là, nous créons une séparation. Et c'est de cela que nous parlons depuis le début de ce livre, du moment où nous créons une séparation, nous perdons notre véritable nature, en unité avec toute chose.

Alors Joshu fait la même chose parce qu'il demande : « Quelle sorte de pratique ? Comment puis-je connaître la Voie ? »

Comment je puis-je connaître ?

Notre idée pour connaître quelque chose, c’est de se mettre en face de cette chose et l’étudier . Ca marche pour certaines choses mais pas pour notre vie ! Nous ne pouvons pas nous en exclure ; nous ne pouvons pas nous exclure du quotidien, ou de la Voie, ou de notre Soi véritable pour les étudier. Plus nous nous en séparons, plus nous nous perdons...Ce n'est pas un reproche de vouloir connaître quelque chose, au contraire, notre pratique pour connaître la Vérité de notre vie, pour connaître le Soi véritable, c’est d’être complètement un avec.

Aussi, lorsque nous plaçons cette connaissance hors de nous-mêmes, alors nous créons un objet extérieur et nous ne pouvons pas l'atteindre.

Vous vous souvenez sans doute Harada Roshi nous a dit que la pratique du zen consiste d'abord à prendre conscience de quelque chose. Puis à passer à la moulinette cette prise de conscience, pour revenir au point de départ, en ayant fait un cercle complet. Mais ce point d'arrivée et le point de départ sont complètement différents.

Devenir intime avec son vrai Soi qui est toute la démarche de ce livre signifie prendre conscience de toutes nos séparations et puis lâcher et devenir un avec.

Harada Roshi nous a dit aussi que la Voie aussi bien que le zen doivent être présents partout à tout moment. Cela veut dire que si le zen, la pratique du zen n'existe que lorsque vous y pensez, vous ne serez jamais capable de devenir un avec.

C'est pourquoi aussi longtemps que Joshu a donné une signification spéciale aux deux termes, l'esprit de tous les jours et la Voie, il restait séparé d'eux et ne faisait qu’augmenter sa confusion.

Et lorsqu'il re posa la question : « Quelle sorte de pratique serait la meilleure ? », son maître Nansen lui répondit dans ce parfait paradoxe zen : « Si tu la cherches, cette pratique, si tu la cherches, tu iras dans la mauvaise direction. »

Chercher quelque chose avec l'idée de trouver ne fera que nous éloigner encore plus de notre Soi véritable ou de la Voie ou de la pratique de tous les Bouddhas.

Donc en fait la question qu'on peut se poser, c'est : « Alors, est-ce que je suis arrivé.e ? »

Eh bien oui, on est arrivé parce qu'il n'y a pas d'autre endroit où aller que là, exactement là, où nous sommes.

Et pourtant, et pourtant, ( « et pourtant ! » Ce paradoxe du zen que nous avons rencontré dès le début : « Il n’y a pas d’enseignant zen »! )

il y a la pratique. Et pourtant, il y a l'aspiration vers la Voie du Bouddha. Et pourtant Harada Roshi nous dit aussi : « Vous êtes tous les Bouddhas et les êtres éveillés qui apparaissent dans la collection des dictons et histoires Zen, ils parlent de chacun d'entre nous. Alors si vous pouvez résoudre ce koan, ce sera comme si tous les Bouddhas et les êtres éveillés revenaient à la vie et se trouvaient maintenant avec nous. »


Harada Roshi conclut en citant les mots de Joshu à son disciple : si vous pratiquez avec l'idée de trouver la Voie, vous ne ferez que vous en éloigner toujours plus. C'est comme si vous marchiez sur la Voie, juste en plein milieu- ce qui est notre cas - et que vous commenciez à la chercher tout autour en vous demandant où elle est- ce qui est notre illusion.

Mais si on ne cherche pas ? Mais si on n’essaie pas de comprendre ? Mais si on ne pratique pas ?

Joshu répond : « La Voie n’est ni savoir, ni ne pas savoir. Savoir est illusion ; ne pas savoir est indifférence. »

En d’autres termes, nous éclaire Harada Roshi : « La Voie n’est ni quelque chose à savoir, ni quelque chose à ne pas savoir »...

Remarques tirées de mon expérience personnelle : le M° enlève sans arrêt le tapis sous nos pieds...C’est vraiment mon expérience près de mon M° au Japon… ! Pas pour nous voir tomber, souvent pas même en le faisant exprès, mais parce que dès que nous nous installons, nous nous rigidifions, nous ne pouvons plus suivre, nous arrêtons dans une opinion, une façon de faire, un choix… qui n’est vrai qu’à un moment, mais va nous éloigner de plus en plus de notre » vie de tous les jours », de la « Voie »…




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