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  • Joshin Sensei

Avec les yeux du coeur...

Mars : mort de mon Maître, Moriyama Roshi. Je voudrais ce mois ci montrer ce que représente la rencontre, et la pratique, avec un Maître.


Aujourd’hui, un témoignage :

Bete Zuyso, jeune femme brésilienne, a étudié et pratiqué le Dharma avec moi d’abord à la Demeure sans Limites, puis avec Moriyama Roshi au Brésil, à Porto Alegre.

Elle a revu le Roshi et participé à une retraite avec lui un an avant sa mort.

J’aime dans ce texte sa façon de regarder le Maître avec les yeux du coeur !

Voici ce qu’elle dit de ce moment :

Le Maître est ainsi...


La semaine passée, je suis allée voir le maître, Moriyama Roshi; voir un Maître, ça touche toujours notre coeur. Je l'ai trouvé vieilli, même si chez les Japonais l'âge réel ne se voit pas tellement. Ses sourcils sont devenus tout blancs, son corps est maigre et fragile. Mais Maître Moriyama a gardé sa force; c'est son corps qui a vieilli, mais son esprit n'a pas d'âge. Il continue à pratiquer, continue la même vie sur la Voie. Il nous reçoit dans cette proximité et cette intimité que lui seul sait manifester. Pas comme nous, dont l'intimité est plus grossière, plus pesante.


Le Maître est vivant; il voyage, il touche le coeur des gens et est touché, il aime et est aimé, mais il ne possède personne et personne ne le possède. Le Maître n'a pas d'avidité.

Quand je suis allée lui dire bonjour, il me surprit: il fit gassho, puis il étendit la main, et me dit: « Brazilian style! », et doucement il me prit dans ses bras, pour un « abrazo » qui me donna de l'énergie. Cela faisait cinq ans que je ne l'avais pas vu. Il fit zazen avec nous dans le Dojo. La salle était pleine, et moi, j'étais là avec les sons, les oiseaux, mes pensées, et le Maître, toujours là. Toujours présent.


Le Maître est doux et tranquille; il bouge avec l'énergie de l'univers, et tout l'univers bouge avec lui. Doucement.

Le Maître me touche toujours; il parle d'histoires simples et pleines de bonté. Alors que nous avons une tendance à être pompeux, que nous avons cette avidité de la forme, ou bien que nous sommes solennels, le Maître est juste simple, avec une humilité qui impressionne. Parce qu'il ne fait rien de spécial, il est juste lui-même.


Maintenant même, en écrivant cela, mes yeux se remplissent de larmes. Je me rappelle comme toujours il me demande de mes nouvelles, et cela me touche profondément. Toujours. Il est difficile de définir le Maître: il est comme un petit oiseau, chantant toute la nuit, volant par-ci par-là, et repartant... Il est ainsi : aujourd'hui il est là, demain, il ne sera plus là. Vivant. Simplement comme cela.

Bete Zuyso , Porto-Alegre, Brésil. 2010

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