La joie, c'est ce que nous sommes...

 

Toute notre vie se résume à ce petit sujet qui recherche un objet en dehors de lui-même. Mais si vous prenez quelque chose de limité, comme le corps et l’esprit, et recherchez quelque chose en dehors, ce quelque chose devient un objet et doit être également limité. Vous avez alors une chose limitée qui cherche une chose limitée et à la fin vous ne vous retrouvez qu’avec la même folie qui vous a rendu malheureux.

 

Nous avons tous passé de nombreuses années à échafauder une vision conditionnée de la vie. Il y a « moi » et il y a cette « chose » à l’extérieur qui me fait du mal ou qui me plaît.

Nous avons tendance à passer notre vie entière à essayer d’éviter tout ce qui nous blesse ou nous déplaît, à identifier les objets, les personnes et les situations qui sont censées nous apporter de la souffrance ou du plaisir, et à éviter les unes ou rechercher les autres.

 

Nous tous, sans exception, faisons cela. Nous restons séparés de notre vie – à la regarder, l’analyser, la juger - et cherchons une réponse aux questions : « Comment faire pour se sortir de là ? Est-ce que ça va m’apporter du plaisir, du confort ou vaudrait-il mieux que je m’enfuie ? ».

 

Nous faisons ça du matin au soir. Un grand malaise se cache derrière nos façades sympathiques et amicales. S’il m’arrivait de gratter sous la surface de n’importe qui, je découvrirais un déchaînement de peur, de douleur et d’anxiété. Il y a des personnes qui vivent comme ça jusqu’au jour de leur mort. Et cela empire avec les années. Ce qui n’avait pas l’air bien grave à 25 ans paraît terrible quand vous avez 50 ans.

 

Nous connaissons tous des gens qui seraient aussi bien morts ; ils se sont tellement engagés dans leur vision limitée que c’est aussi pénible pour leur entourage que pour eux-mêmes. La souplesse, la joie et le flux de la vie ont disparu. Cette éventualité plutôt sinistre se présente à chacun de nous, à moins que nous ne réalisions qu’il nous faut travailler avec notre vie, que nous avons besoin de pratiquer. Nous devons voir à travers le mirage d’un « moi » séparé de « cela ». Notre pratique revient à refermer la brèche entre les deux. Ce n’est que dans l’instant où nous et l’objet devenons un que nous pouvons voir ce qu’est notre vie.

 

 

L’éveil n’est pas quelque chose que l’on obtient. C’est l’absence de quelque chose. Vous avez passé toute votre vie à avancer vers quelque chose, à poursuivre un but. L’éveil, c’est de laisser tomber tout ça. Mais il ne sert pas à grand chose d’en parler. Chacun doit pratiquer individuellement. Rien ne peut remplacer cela. Nous pouvons lire jusqu’à avoir cent ans et cela ne nous aura rien apporté. Tous, nous devons pratiquer, et nous devons le faire de toutes nos forces pour le reste de notre vie. Joko Beck