Enlever les masques !
- Joshin Sensei

- 16 mai
- 3 min de lecture
Enlever les masques...Tous ces masques que nous portons au fil de la journée croyant nous protéger...Dans la salle de méditation, si nous ne nous dépouillons pas de tout, nous pourrions aussi bien être assis devant notre tablette sans avoir mal aux genoux... Mais si nous acceptons d’entrer et de nous asseoir, si nous prenons le risque de tout lâcher, qu’est ce qu’il reste ? Lin Tsi (Rinzai) le décrit ainsi : « Un tas de chair rouge ».
Nous sommes entourés comme par une coquille, de « rupa », le « nom et la forme », qui s’est construite au cours des années. Ainsi nous portons : le nom des ancêtres, notre famille, le lieu où nous vivons, puis notre métier, travail, statut social… Mais tout ça, ce n’est pas « le tas de chair rouge », c’est un masque.
Pas comme un masque de théâtre, pour faire semblant ou prendre de la distance. Non, nous sommes ce fils, cette fille, ce professeur, cet ouvrier, ce parent. Mais nous savons que c’est un masque. Que devient le professeur quand il n’y a plus d’élèves ? Le coureur quand il arrête de courir ? L’habitant de tel lieu, que devient-il, quand il déménage ? Que devenons-nous lorsque nous n’avons plus rien ? Dans la salle de méditation, il faut enlever tous ces masques. « Je suis tel ou telle, ceci ou cela… » : enlevez-le ! Quand tous les « je suis… » sont enlevés, que reste-t-il ? Un bloc. Un bloc de peur.
Là, nous pouvons nous asseoir. Pourquoi ? Pour nous voir vraiment, pour savoir qui nous sommes, vraiment, sans masque, sans armure. Parce que, au moment de mourir, tous les masques tombent d’un coup, on n’en a plus besoin. On se verra alors pour la première fois. Si tard ! Quel dommage ! Alors il vaut mieux se voir dans la salle de méditation, lorsqu’on s’assied sur le coussin.
Le Zendo est un lieu calme, protégé, d’autres personnes ont là avec nous, font la même chose que nous- mais en même temps, c'est important, nous sommes seul.e. face à nous-même. Et dans notre tradition nous nous asseyons face au mur, qui devient un miroir, un miroir qui nous dépouille de tout l'inutile. Nous pouvons nous asseoir et enlever tous les masques. C’est difficile pour tous : je ne peux même plus être nonne, encore moins enseignante ; car cela aussi est un masque. C’est ainsi que le dit Lin Tsi, dans la salle de méditation, « le Maître est nu ».
Si je crois être ce vêtement, alors ce n’est plus un vêtement de Bouddha. Quand tout est enlevé, il reste « le tas de chair rouge ». Lin Tsi disait à ses moines : « Soyez des personnes sans affaires ».
S’habituer à « avoir lâché ». Même si vous êtes le Pape, le Président de la République, quand vous entrez dans la salle de méditation, vous lâchez tout ça. Non que cela n’existe pas : cela existe, bien sûr, très concrètement. Mais le problème c’est si vous y croyez, si vous vous identifiez avec votre masque. Mais regardez ! C’est transparent , on peut voir au travers tant c’est léger !
Un Maître à son disciple qui arrive pour le voir : « - Avec quoi es-tu venu ? » Le disciple est un bon disciple, studieux, il a lu des livres…« - Avec rien » « Alors lâche-le ! » Le bon disciple sait ce qu’il doit répondre, il va montrer un beau masque de disciple studieux ! Mais c’est ce masque- ici masque de « bon disciple » que le maître lui demande de lâcher. C’est le sens de cette notion, difficile à comprendre, du « non-attachement » : à vivre ici au moins, dans la salle de méditation. Le Bouddha a dit : « J’enseigne la Voie qui mène à la cessation de la Souffrance ; c’est la Voie de la libération ».
A la base de notre pratique, il y a la liberté : liberté de ses masques, des son temps, de son espace, de ses pensées. Libre de soi, dit l’adage, libre de tout !
Et vous quel sont vos masques ? Et quel est celui que vous ne voulez pas lâcher ? Laissez-le s’échapper dans l’espace, en zazen. Quelle liberté!.Et ensuite, vous pourrez le reprendre, mais peut-être...un peu moins serré...




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