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Tuer le Bouddha...? Lin Tsi nous dépouille...

Bien sûr, vous connaissez cette phrase célèbre de Lin Tsi : « Si vous rencontrez le Bouddha, tuez le Bouddha ! »

Parce que Lin Tsi ( Rinzaï de son nom japonais) est bien décidé à nous dépouiller de tout :

« Moi, le moine de montagne, je n'ai aucune Loi à donner, je ne fais que dénouer des liens ( les liens qui sont comme la « non-corde » avec laquelle nous nous attachons nous même ). Etudiants qui venez à moi, essayez de ne pas dépendre des choses. » Ah...quand je regarde autour de moi...je vois beaucoup de choses dont je dépends…


Une expression qui revient toujours chez Lin Tsi : « Être sans affaires » : « Tout ce qu'il vous faut, c'est vous comporter le plus ordinairement du monde. Etudiants, il n'y a pas de travail à faire dans le bouddhisme; le tout est de se tenir dans l'ordinaire, et sans affaires »

 Arrêter de courir, arrêter de chercher à l’extérieur mais ne pas non plus chercher à l’intérieur : c’est la confiance que nous n’avons « rien à faire »...Rien ? Si, abandonner, lâcher, se dépouiller de nos masques, mais aussi de tous les appuis que nous cherchons au dehors. « Retournez votre lumière, intériorisez votre vision. Ne cherchez plus ! Sachez que, de corps comme d'esprit, vous ne différez pas du Bouddha-patriarche, et aussitôt vous serez sans affaires. »


Il m'a fallu du temps pour comprendre que Maître Dogen et Lin Tsi disaient la même chose. Au départ, je n'aimais pas trop Lin Tsi parce que je n'aime pas trop le bruit et la fureur, et que Maître Dogen a une façon plus posée, en quelque sorte, plus élaborée de dire les choses. Mais après, je me suis rendu compte en étudiant l’un que je comprenais mieux l'autre et aussi qu’ils disaient la même chose. Et de temps en temps, je reviens avec plaisir vers Lin Tsi, je partage aujourd’hui !

Alors au début il y avait des choses qui me bloquaient un petit peu, par ex rencontrer le Bouddha, tuer le Bouddha- alors que beaucoup de gens du Zen aiment bien cette histoire, sans la comprendre la plupart du temps. Moi j'aime bien Maître Dogen, qui nous dit qui nous dit allez, relevez vos manches et soyez attentifs à tout ce que vous faites, mais bon c'est une question d'approche, ce vers quoi on va le plus facilement, et ensuite si on va un peu plus au fond, on lit et on apprécie et on étudie tout je pense

Donc Lin Tsi nous dit «  Ne cherchez plus » et M° Dogen ne dira pas autre chose ( mais autrement) : « Quant à l'essence de cette Loi (Dharma) , si l'on s'en enquiert, on ne l'obtient pas ; si on la recherche, on ne la trouve pas. »

 Lâcher nos idées- car elles font écran à ce qui est- même nos idées de « Bouddha » : « Si vous rencontrez le Bouddha, tuez le Bouddha » car ce Bouddha que vous pensez rencontrer, à l’extérieur ou à l’intérieur, n’est qu’une de vos constructions mentales, comme est construction mentale « Trois Trésors », « bodhisattva » etc.


« Vénérables, le temps est précieux, mais vous ne pensez qu'à vous agiter comme les vagues de la mer, recourant à d'autres pour apprendre la méditation, pour apprendre la Voie, ne voulant connaître que des noms et des phrases, cherchant le Bouddha, cherchant les patriarches, cherchant des amis de bien et vous livrant à des spéculations. Vous avez eu un père et une mère. Que voulez-vous de plus ? Retournez votre vision vers vous-même ! »

A cause du manque de confiance en soi ( dans sa vraie nature, pas dans son ego!) on cherche à l’extérieur, se laissant « détourner par les dix mille -innombrables! - objets ». ET dans ces objets, il y a Bouddha, Trois Trésors, patriarches, etc !

Il faut mettre l'esprit en repos parce que rien ne manque. « Jamais, dit Lin Tsi, ne s'arrête le rayonnement spirituel émanant de vos six sens ».

Rien de plus précieux que d'être sans affaires. Ne rien chercher hors de soi. Ne rien chercher en soi. Ne rien chercher, telle est une face de cet enseignement. Mais même si on arrête de chercher, bien sûr ça ne suffit pas car on est encore « plein » de choses. L'autre face consiste à enlever à l'étudiant.e de la Voie tout ce qu'il/elle croit avoir vu, trouvé, compris. « Tout ce que vous rencontrez au dehors et même au dedans de vous-mêmes, tuez-le. Si vous rencontrez un Bouddha, tuez le Bouddha. Si vous rencontrez un patriarche, tuez le patriarche…. »


En effet, rencontrer un Bouddha, c'est encore former une idée, s’enfermer dans l'erreur de la dualité de sujet et d'objet. Il faut bannir tous les noms ; pour agir dans la vérité absolue, il faut savoir se tenir sans lui donner un nom et sans en recevoir un nom.

N'avoir aucun point d'appui car tous les appuis ne sont que des phénomènes, donc impermanents, et surtout crées, soumis à « « causes et conditions », au changement

Aussi va-t-il s’évertuer à leur enlever tous les appuis, c’est-à-dire toute la dépendance envers nos idées, nos concepts, notre compréhension qui nous font « construire » la réalité/une réalité ! à travers ce que nous voyons ( peu et mal!)


Parenthèse. En fait, on n'imagine pas mais les textes du dharma chinois, ainsi que les textes de Maître Dogen et puis de nombreux haikus, sont bourrés de jeux de mots! On n'imagine pas parce que pour nous les jeux de mots, c'est un style rigolo et léger et les textes du Dharma, des textes sérieux, etc. Mais en fait, le chinois se prête énormément aux jeux de mots et le sino japonais que Maître Dogen utilise aussi et c'est extrêmement utilisé par les maîtres.

En l'occurrence ici, le jeu de mots dont je parle, c'est un jeu de mots sur le son "Yi", Y-I

Il veut dire quand on l'écrit d'une façon, parce que c’est là-dessus qu’on fait le jeu de mots, le même son, mais une écriture différente, donc un sens différent – comme nous ai, haie, est, je hais ..

Donc quand on écrit Yi d'une certaine façon, ça veut dire le mot vêtement mais si on l'écrit d'une autre façon avec pour ceux qui ont une idée un peu de l'écriture avec la clé de l'homme eh bien il veut dire appui ou bien dépendance : tout ce dont nous dépendons ou tout ce sur quoi nous nous appuyons et ce sont ces appuis dont Lin Tsi veut que nous nous débarrassions ; c'est donc ce jeu de mots qu’on trouve dans un texte très célèbre « Ils pensent que je suis nu… »


« Quant à ma manière d'agir à moi, celle que j'emploie aujourd'hui, elle est en vérité à la fois créative et destructive.


J'accède à tous les objets, mais en restant sans affaires où que ce soit.


Pour peu que quelqu'un vienne à la recherche ( de la Voie, de la Vérité) je sors le regarder, il ne me reconnaît pas. Je mets alors toutes sortes de vêtements (Yi) qui font naître chez l'étudiant.e des interprétations et à tout coup, il se laisse prendre à mes paroles et à mes phrases. Ces tondus aveugles, ces hommes qui n'ont pas l'œil, ( de la Loi, c’est-à-dire la vue juste ) s’emparent des vêtements que j'ai mis pour me voir bleu, jaune, rouge, blanc.

Et si je les enlève pour aborder des domaines purs, (spirituels…) voilà les apprentis qui aspirent aussitôt à la pureté.

Et si j'enlève encore ce vêtement de pureté, ( cet appui spirituel!) les voilà tout perdus et frappés de stupeur. Ils se mettent à courir comme des fous, disant que je suis nu.

Je leur dis alors : «  Le reconnaissez-vous enfin, l'homme en moi qui met les vêtements ? » et soudain ils tournent la tête et voilà qu'ils me connaissent. »


Lorsque le M° a enlevé tous nos appuis, alors nous reconnaissons la Vérité, le Dharma etc (si je remets des mots, je recrée des idées...paradoxe de l'essai d'explications...)..


M° Dogen : « Je vous en prie, essayez de lâcher prise, lâchez donc prise pour voir. »

Pour voir ! J’ai eu au début cette impression pendant zazen : je posais un peu mes appuis, ou valises, mon sac à dos, on peut appeler ça comme on veut, bref tout ce que je transportais et qui m’encombrait mais...pas loin ! Prudemment..afin de pouvoir l’attraper si besoin à la fin du zazen...puis petit à petit...on arrive à le poser plus loin...un peu plus loin...laisser partir…

Essayez « pour voir » !

Extraits de: Aux sources du bouddhisme Lilian Silburn

Extraits de: Entretiens de Lin-tsi (Fayard - 1972), trad. Paul Demiéville




 
 
 

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