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  • Photo du rédacteurJoshin Sensei

Pas seul.e au monde… (notes)


Alors, samedi, j'ai parlé de la louche en bois de de Maître Dogen. J'y reviens parce que il y a quelque chose d'intéressant : au Japon, tout est extrêmement codifié et c'est quelque chose qui peut être un petit peu difficile… pour ne pas dire vraiment irritant pour les étrangers, et en particulier pour les Français ! Parce que les Français vont commencer par dire, oui oui ça va, j'ai compris, pas besoin de m'expliquer et puis je vais faire comme je veux voilà !

Donc ça ne fonctionne pas du tout comme ça au Japon ; c'est vrai aussi pour la cérémonie du thé par exemple, si vous avez déjà vu une cérémonie du thé, vous verrez que aussi bien l'hôte que les invités ont des gestes codifiés et que par exemple on tourne une tasse 1/4 dans un sens ou bien on pose son pied exactement à tel endroit ; enfin voilà, ça fait partie de la de la culture japonaise.

Mais ce qui est intéressant, c'est qu'on peut chercher l'idée qu'il y a derrière et qui n'est pas forcément d'être un petit peu maniaque.

Mais elle peut être beaucoup plus intéressante que ça ; je vais vous montrer cette image qu'on trouve à l'entrée de la plupart des sanctuaires shinto ou des temples bouddhistes.

Avant d'entrer, on prend de l'eau dans une grande louche en bois, comme la fameuse louche en bois de Maître Dogen, on prend de l'eau et puis on en verse un petit peu sur une main, un petit peu pour se rincer la bouche, et puis voilà ; on fait attention à ne pas éclabousser les gens autour et on remet la louche en bois en place pour la personne suivante. Ca paraît simple et pourtant il y a généralement ce petit dessin qui est un mode d'emploi, ou plus exactement un mode de faire cette purification.


Voici ; donc si on le lit, bien sûr de droite à gauche, ça donne ça :

le titre c'est à peu près « Manière de verser l'eau »

Sur la première image, on voit que l’enfant tient la louche en bois de la main droite et verse l'eau sur la main gauche.

Une fois l'eau versée, on porte sa main gauche à la bouche, on boit un petit peu d'eau et puis on rince sa main et on remet la louche en place avec les deux mains.

Alors évidemment les Français qui voient ça se disent, mais enfin non mais c'est pas possible, j'ai vraiment pas besoin qu'on m'explique ! Etc…

Mais en fait pour moi, toute la signification de ce dessin se trouve dans la toute dernière phrase qui dit quelque chose comme, je traduis l'idée générale: « Suivez ces instructions avec attention pour que la personne suivante soit contente- pour laisser un endroit agréable à la personne suivante » ( Mot à mot: Ce qui est important dans ce rite est l'intention bienveillante pour la personne suivante qui pourra s'en servir de façon agréable de cet objet)


Et là pour moi c'est un petit peu, comment dire, comme ces peintures à double sens, où on regarde et on voit une première chose, comme cette peinture on voit des fruits, une nature morte et puis on regarde autrement et on voit le visage du peintre ; c’est notre regard qui a changé, tout était déjà là.

Eh bien pour moi, cette phrase fait cet effet là : j'avais vu quelque chose d'un peu maniaque montré par une petite fille et je me dis, mais nous on est des adultes, on n'est plus des des des enfants à qui il faut tout expliquer, comme ça image par image donc j'avais vu quelque chose qui me semblait inutile pour m'expliquer une chose tout à fait simple.


Et puis tout d'un coup il y a un retournement et ce qui apparaît là, je l’appellerais « metta », cette forme de compassion qui dit de faire attention à l'autre, de prendre soin ; c'est la forme de compassion qui dit : comment laissez vous le monde derrière vous... c'est la forme de compassion qui est une présence au monde sans être toujours au milieu du monde. Qui nous rappelle et c’est nécessaire !- que nous ne sommes pas la seule personne au monde ; qui nous fait comprendre que nous sommes ensemble, reliés aux autres, que leur bien -être peut aussi dépendre de nous.

Eh bien voilà : quelqu'un va venir après nous, on va lui laisser la place, il n’y aura pas de l'eau partout, la personne ne va pas faire tomber de l'eau quand elle va prendre la louche, etc. On va prendre soin du monde pour prendre soin des autres.

Et à ce moment-là, c'est une toute autre image qui apparaît pour moi et que j'espère avoir su partager avec vous. En fait, on en revient à « sati », l’attention : ne pas rester plongé dans ses pensées, dans son » moi » qui nous parle sans cesse et nous coupe du monde... Et peut être cette question pour nous accompagner : comment laissons-nous le monde derrière nous… ?



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