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  • Joshin Sensei

Le koan de la Parole Juste: quelle réponse...?


Dans l’idéal nous avons toujours à l’esprit la parole juste :

« Qu'appelle-t-on, ô moines, la parole juste?

C'est éviter de dire des mensonges, éviter de calomnier, éviter de parler de façon haineuse ou injurieuse, éviter les paroles frivoles ou le bavardage futile. Moines, éviter ces quatre façons négatives de parler est appelé la parole juste. » (Canon Pali)

Le Bouddha nous rappelle toujours que tout commence par l’esprit. Nos pensées créent des chemins, je dirais des ornières, qui deviennent comme pour des ornières en voiture, de plus en plus profondes au fur et à mesure que nous y passons, et donc de plus en plus difficiles de quitter.

Lorsque nous prenons l’habitude, sinon de mentir mais d’exagérer la vérité, ou bien de penser à diverses personnes de façon désobligeante, nous creusons des habitudes mentales dont il nous est de plus en plus difficile de sortir.

Ou pour prendre un autre ex que l’on retrouve ds les textes, nous plantons des graines toxiques, qui empoissonne notre esprit…

D’où l’importance d’être attentif/ve à nos pensées.

Sans attention tournée vers notre esprit, nous laissons notre vagabondage mental aller dans toutes les directions, et nous nous retrouvons avec toutes sortes de pensées, désagréables, calomnieuses, agressives, etc...auxquelles nous avons laissé le libre usage de notre cerveau !

Le premier point est donc une attention très présente à ce qui nous passe par la tête ! Mais sans culpabilité...le Bouddha dit que nous ne pouvons pas toujours maîtriser la pensée qui arrive, mais, et là est notre responsabilité, nous pouvons./devons l’empêcher de se développer : imaginez : vous voyez...la nouvelle voiture de votre voisin, moi pour moi, je dirais le nouveau vélo ! Électrique ! Pas de problème, vous sentez un sentiment d’envie, de jalousie : là vous pouvez soit respirer et voir ce que vous êtes en train de pensée, et arrêter cette pensée, le mieux serait en vous réjouissant pour lui, mais si pas possible au moins lâcher cette jalousie. Mais vous ne voyez pas cette pensée, et elle se développe, vous êtes en colère de ne pas avoir vous ce que vous aimeriez, ce n’est pas juste, et puisque c’est ça...vous commencez , toujours sans vraiment le « voir » à chercher comment lui voler le vélo...et là, vous êtes horrifié par vos pensées, vous en prenez conscience, mais déjà vous avez « semé » un tas de graines toxiques, de colère, de jalousie, d’avidité, etc.

C’est pourquoi l’attention est si importante, car si notre première pensée ne se développe pas, il n’y a pas de trace qui reste dans notre esprit.

Suivre les enseignements donc, mais... Même si nous savons ce que nous pouvons dire, et ne pas dire ; même si nous sommes attentifs à notre esprit et à nos paroles, cela n’empêche pas que ces principes ne soient pas toujours faciles à appliquer.

Que faire face à une question directe, que faire pour ne pas être « différent.e », à l’écart ? Pressions sociales, pressions du groupe, mais aussi parfois nécessité de transmettre une information.

Le Bouddha gardait souvent « un noble silence ». mais pour nous au quotidien, ne pas répondre n’est pas toujours une option possible. Elle va même souvent déclencher une insistance de la part de la personne d’en face…

Okumura Roshi parle d’un aspect de ce problème, le précepte découlant de la Parole Juste, qui dit : « Ne pas parler des erreurs des autres » et il dit : « Ce précepte, comme les autres préceptes est un koan ». Il prend l’exemple de la Sangha : vous apprenez qu’un.e des responsables se conduit mal, provoquant troubles et souffrances ; vous avez vérifié et vous savez que c’est vrai. Que faire ?

Si vous vous taisez, vous laissez une situation toxique se poursuivre ; si vous parlez vous créez aussi troubles et souffrance…

Il cite le Bonmokyo ou Sutra du Filet de Brahma : « Ce précepte illustre parfaitement la nécessité pour nous de faire preuve du plus grand discernement au moment d'interpréter une intention. Le principe sous-jacent est de s'abstenir de tout discours dégradant qui tend à saper la confiance des gens dans la Sangha, que ces discours naissent d'une ambition personnelle, d'un jugement indigné, de l'illusion de supériorité morale ou de toute autre ambition égoïste.

D'un autre côté, l'erreur inverse qui consiste à mentir et à cacher les mauvaises actions d'autres bouddhistes, ce que l'on a quelquefois interprété comme une requête de ce précepte, serait également contraire à l'esprit du précepte ainsi qu'au quatrième précepte, dire la vérité. »

Okumura Roshi dit : « Il existe de nombreuses interprétations du précepte Mahayana de ne pas parler des fautes d'autres membres de la Sangha, mais que devons-nous faire si quelqu'un se conduit mal ? Rester silencieux ? Parler de la faute d'un autre va à l'encontre de ce précepte mais garder le silence va à l'encontre du précepte de ne pas mentir. C'est ainsi que ce précepte devient un koan. Que devrait-on faire? »

Et bien sûr il ne donne pas de réponse, comment cela serait-il possible ? Chaque situation, chaque moment demandent une réponse différente !

Les préceptes ne sont pas des règles rigides, mais des indications pour que nous restions dans la bonne direction, celle qui mène à la fin de la souffrance pour nous et pour les autres.

A chaque moment nous avons une réponse à donner, mais ce n’est pas une réponse pré-formaté, c’est impossible ! Ce ne serait pas « la vie » dans sa diversité, son inattendu, ses surprises...la vie est vivante, neuve à chaque instant : une façon, une stratégie qui a marché ne marchera peut être pas une deuxième fois… je ne peux m’appuyer sur rien, que justement sur ces préceptes qui ne me disent pas comment faire !

Et quand je dis : « les préceptes ne sont pas des règles rigides » je ne dis pas non plus que je peux les changer, les transgresser à mon gré… car sur quoi est-ce que je vais m’appuyer pour décider, que là, oui dans cette situation, je peux mentir, ou dire ce que je pense d’Untel, etc..sur quoi sinon sur ma perception forcément limitée, ou teintée de mes illusions ou de mes désirs…


Là, c’est en fait ces chemins tracés dans mon esprit qui vont apparaître, et plus ces chemins auront été clairs, compatissants, justes, et plus la réponse que je vais donner sera juste ! D’où l’importance de ce que je construis - comme itinéraire- que j’arrose comme grainesetc ! tout le long des jours...

Alors ? Eh bien, je n’ai pas de réponse, Okumura Roshi n’a pas de réponse, et heureusement, car c’est moi qui vis ma vie, qui prend la responsabilité de mes pensées, actes et paroles, et qui dois répondre. Alors oui, c’est un koan, un koan du quotidien, à chaque fois neuf, à chaque fois vivant,

Voilà comment conclut Okumura Roshi : "Les préceptes bouddhistes ne sont pas la «règle du jeu» qu'il faut suivre si vous voulez parvenir à être un Bouddhiste. Comme je l'ai dit, le précepte est un koan, une question qui se pose à nous et dont la réponse apparaît à travers notre mode de vie, nos activités.

Pour faire cela nous devons être créatifs et flexibles. Nos vies ne deviennent pas plus faciles quand nous avons reçu les préceptes, en fait cela les rend difficiles."


Ce que nous allons répondre à ce koan de chaque instant, cela dépend de nous, notre vie dépend de nous. Et cet instant précisément dépend de tous les autres instants, de tout ce que nous avons « mis » dans notre esprit et dans notre vie, et en même temps cet instant est complètement neuf, sans passé sans futur, et nous pouvons radicalement, complètement, changer notre esprit, notre karma à cet instant …

« J’enseigne la Voie qui mène à la Libération ». C’est à travers l’Octuple Sentier, les préceptes, ces « règles », à la fois fixes et ouvertes, que nous allons vers la libération de nous mêmes, de nos habitudes mentales, de tout ce que nous transportons...vous vous rappelez, cette valise !

Tout est là pour nous aider à devenir vivant.e

Alors, qu’est-ce que vous allez répondre quand on vous demandera « Et toi, tu le trouves comment, le nouveau... . » ?

La réponse est vôtre...






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