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  • Joshin Sensei

La fin de dukkha, la libération

S'arrêter...Couper le processus, le mécanisme qui nous fait arriver à dukkha, dans lequel nous sommes "pris" , que nous construisons, ou parcourons ,encore et encore.

Lorsqu'il y a l'oeil, organe des sens, et l'objet vu, il y a le ressenti- content, pas content , neutre, de là la soif, j'attire, je repousse, etc et toute la "solidification" d'un moi. C'est la naissance d'un "je" satisfait ou mécontent, qui tôt ou tard amènera à dukkha. Ceci peut se changer, si nous savons nous arrêter à ce qui est vu, sans le "remplir" de nos idées, sentiments, opinions, etc.

Comme le conseille le Bouddha dans cet extrait: " dans la forme, qu'il n'y ait que le voir". Voici ce que dit le Bouddha à son disciple Bahiya.


Et dans le texte suivant, Buddhadasa Bhikkhu explique comment cet état " libre de moi, libre de je" est le plus grand bonheur, pour une vie où tout est alors spontané et naturel.


Voici les paroles du Bouddha adressées à un disciple appelé Bahiya: « O Bahiya, lorsque tu vois une forme, qu'il n'y ait que le voir; lorsque tu entends un son, qu'il n'y ait que l'entendre; lorsque tu sens une odeur, qu'il n'y ait que le sentir; quand tu goûtes un goût, qu'il n'y ait que le goûter; quand une pensée s'élève, que ce ne soit qu'un phénomène naturel de l'esprit. Pratiquant ainsi, il n'y aura ni soi, ni « je ». Quand il n'y a pas de soi, il n'y a pas de courir par-ci par-là, pas d'allée ni de venue, pas d'arrêt. Le soi n'existe pas. C'est la fin de dukkha. Cela précisément est nirvana. »

Bahiya Sutra.

Ne pensez pas, toutefois, que l'absence de naissance signifie que l'on est vide, sans ressentis, sensations/sentiments du tout. Ça ne veut pas dire devenir comme une bûche, assis tout raide. On devient au contraire extrêmement actif. Être parfaitement vide de je-à moi, c'est avoir une attention et une sagesse parfaites. Ce que l'on fait alors est complètement fluide. Il n'y a pas d'actes faux ou de paroles fausses, pas de possibilité d'erreur parce que tout est spontané et naturel (1).

Cet état d'esprit s'appelle « Vide de Je », le Nirvana – la personne qui agit comme cela peut tout faire, sans se tromper. Ses actions sont nombreuses, rapides et bénéficient généralement à beaucoup d'autres personnes.

Ne pensez pas que cela vous empêcherait d'agir, que vous deviendriez léthargique, faible et indifférent. Ceci est votre idée. Votre folie vous rend effrayé du nirvana, de sunyata; vous avez peur de mettre fin à votre soif et à vos attachements: ceci est une maladie de l'esprit, et une erreur totale.

En réalité, mettre fin à la soif et à l'attachement est le plaisir ultime, le bonheur le plus grand. C'est le véritable plaisir, le véritable bonheur. Il n'est pas blessant (2), pas décevant, pas illusoire. Le plaisir des personnes ordinaires, non éveillées, est faux: il est décevant, blessant et illusoire. C'est comme un appât,quand nous l'avalons, nous nous faisons blessés et attrapés par l'hameçon. Le plaisir ordinaire s'appelle « tomber entre les mains du diable ». on est pris au piège à la roue des naissances et des morts.

Mais voir "je-à moi" comme illusion, en pratiquant paticca-samuppada est un chemin pour comprendre sunyata. La fin de la maladie spirituelle réside dans la compréhension de la prévention du je-à moi.

La liberté de cette maladie est appelée le plus grand bénéfice. Les médecins de l'époque du Bouddha avaient coutume de dire : « La santé est le plus grand bénéfice »; ils s'annonçaient dans les villages avec cette phrase: « La santé est le plus grand bénéfice! Bonne santé: bonne richesse! »

Généralement nous échappons à la maladie spirituelle par le plus grand des hasards: lorsque les dhammas douloureux sont remplacés pour un temps par des dhammas qui ne causent pas de souffrance. C'est appelé « délivrance par hasard ». Mais lorsque nous traitons cette maladie, que nous en détruisons les germes, cela s'appelle « délivrance par déracinement ». Ce n'est pas accidentel, pas provisoire.

Nous vivons alors libres de souffrance et d'agitation, délivrés des trois poisons; la vie est alors pleine de la fraîcheur d'une jeunesse innocente. C'est la guérison complète, la fin totale de dukkha.

Extrait de :Heartwood of the Bodhi Tree Buddhadasa Bhikkhu, Thailand


1 C'est l'ignorance, l'aveuglement causé par l'ignorance et le cortège desoif, etc, qui nous empêche d'agir « spontanément et de façon naturelle », car nous agissons toujours en fonction de notre « je-à moii » illusoire. (Sensei)


2 Blessant: qui conduit à des blessures, à la douleur, pour soi et/ou les autres.



Ill. Anne/Yvon

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