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  • Photo du rédacteurJoshin Sensei

Disparaître dans la montagne ( notes)

« Bien que beaucoup de grands sages et d’anciens se soient rassemblés dans les montagnes, depuis qu’ils y ont pénétré, jamais personne n’a rencontré un seul d’entre eux... »

Alors dans l'idée de régulièrement revenir aux textes de base, je voudrais présenter aujourd'hui un extrait d'un texte de maître Dogen ; M° Dogen pour moi, c'est formidable parce qu’il va toujours me montrer quelque chose que moi, je ne vois pas- il va me montrer un autre côté du monde. J'ai parlé récemment des Cinq Yeux- l'œil humain, l'œil du bodhisattva, l'œil de Bouddha etc et Maître Dogen lui ne se limite pas aux phénomènes, il voit de façon beaucoup plus large ; il démonte en quelque sorte ma construction du monde- ou tout au moins il me montre qu’elle n’est que partielle.

Là, on va être dans une histoire de montagne et de grands sages qui disparaissent dans la montagne ; alors je peux me poser la question : en quoi est-ce que ça me concerne ? Après tout je ne suis pas une sage, j'ai peu de chances de disparaître dans la montagne ou alors pas dans le sens dont parle M°Dogen et ces grands sages ils me semblent très éloignés de moi. Mais je pense qu’on peut pas rester collé.e au quotidien ; on a besoin de de voir plus large, de voir autrement parce que le quotidien nous fait croire qu'on comprend tout, comment fonctionne le monde, comment on fonctionne, comment tout ce qui apparaît autour de nous est exactement comme ça apparaît. Et moi je crois que ça, c'est ce qu'on se raconte forcément pour pouvoir fonctionner dans le monde mais que le monde ce n'est pas seulement ça.

Ces grands sages dont il est question, eh bien je pense que c'est tout le monde en fait ! Si on part de l'idée que nous avons toutes et tous cette potentialité d'être un Bouddha, cette potentialité de réaliser la Réalité du monde, alors à ce moment-là, les grands sages, c'est nous tous et la montagne, eh bien, c'est exactement là, l'endroit où on vit, notre vie.

C'est un petit peu comme l'histoire de la hutte d'herbe, ce n’est pas rêver qu'on va aller au fin fond de la montagne et tout ça, mais cette Réalisation, la plus haute en fait de l'être humain, elle se fait ici et maintenant, exactement là où l'on est. La montagne ce n'est pas un lieu, c'est notre vie, c'est notre vie même.

Voilà le texte de Maître Dogen et après j'essaierai d'en dire quelques mots.

« Depuis le commencement sans début jusqu’à aujourd’hui, les montagnes ont toujours été la demeure des grands sages.

Les anciens et les sages ont fait des montagnes leur demeure personnelle, leur propre corps-esprit.

Et c’est à travers ces anciens et ces sages que les montagnes sont actualisées.

Bien que beaucoup de grands sages et d’anciens se soient rassemblés dans les montagnes, depuis qu’ils y ont pénétré, jamais personne n’a rencontré un seul d’entre eux.

Il y a seulement la manifestation de la vie de la montagne elle-même ; pas une seule trace d’une personne entrée dans la montagne ne peut être trouvée. " M° Dogen

Donc en fait je vais faire ce que Maître Dogen ne voulait pas faire : reprendre ce texte en y mettant les mots qu’il a évité de mettre !

Faire de la montagne notre propre corps-esprit : le sage entre dans la montagne, c'est-à-dire qu'il entre dans la Voie du Bouddha, dans le Dharma ; il pratique complètement, totalement, avec « corps-esprit », et à ce moment-là le Dharma « actualise » le sage en lui permettant d'exprimer sa nature profonde c'est-à-dire son moi véritable, non séparé de tous les phénomènes.

« Actualiser » c’est un mot qui revient très souvent chez lui : faire apparaître la totalité, le soi véritable, à la fois phénomènes et Vacuité. Lorsque notre pratique est totale, ce qui apparaît, c’est Butsuji, activité de Bouddha : quoiqu’on fasse, zazen, cuisine, se laver la figure, marcher etc, à ce moment-là, le sage- nous- actualisons l'Eveil. Il n’y a plus d’interstice entre nous et le monde ( qui n’a jamais existé d’ailleurs ! Juste notre vision incomplète) ni entre la pratique et l’Eveil : toute activité est activité d’Eveil.

Dans le Fukanzazengi :"La Voie est complètement présente juste là où vous êtes, alors à quoi servent pratique ou éveil ? Cependant s'il y a la moindre différence à l'origine entre vous et la Voie il en résultera une séparation plus grande qu'entre le ciel et la terre."


Et puis ça marche dans les deux sens : la pratique de la montagne, de la Voie sans séparation éveille le sage-nous ; et la pratique du sage, notre pratique, « éveille » aussi la montagne, c’est-à-dire qu’elle actualise – rend présent, vivant- le Dharma du Bouddha. Le Dharma n’est pas une chose posée dans un coin, mais il existe à travers les phénomènes, tous les phénomènes, nous y compris.

Imaginez un mouvement, en même temps que nous, nous allons vers le Dharma, le Dharma vient vers nous, et en même temps – et pas jusqu’à ce que !- on ne peut plus distinguer montagne et sage, tenzo (cuisinier) et M° Dogen, et nous etc !

Alors pas une seule trace de la personne entrée dans la montagne, juste ce mouvement de commencement en commencement !

Ce n’est pas qqc que nous pouvons comprendre – il faudrait que je sois à l’extérieur pour le voir ! mais qqc qui se réalise, à travers le corps-esprit. Lorsqu'il y a pratique, il y a éveil, c'est vraiment tout ce qui revient à travers le tout le texte. Donc c'est pour ça que depuis qu'ils sont entrés dans la Voie, jamais personne n'a rencontré un seul d'entre eux : on ne peut plus les rencontrer pourquoi ? parce qu'à ce moment-là montagne et sage deviennent un - nous sommes un dans l'indivision, dans la non séparation avec le plein, la totalité à chaque instant. Mais pour que cela se réalise, il nous faut l'actualiser, c'est-à-dire pratiquer et toutes nos activités, lorsqu'on pratique dans la montagne, sont des activités de Bouddha.

Lorsque nous sommes un avec l'activité, nous sommes un avec le monde et à ce moment-là nous ne laissons aucune aucune trace - « trace » ici, comme on l’a déjà vu, ce sont nos concepts : c’est bien/pas bien, je veux ça/ je ne veux pas ça...il ne s’agit pas de choses concrètes : un tenzo -cuisinier- va laisser un repas derrière lui ! Mais lorsqu’il a été préparé de tout coeur, de façon juste, pas comme par ex j’aime ça j’en fais beaucoup- (petit exemple ! pour l’idée) lorsqu’il se base seulement sur ce qui est juste, alors il entre dans la montagne et ne laisse pas de trace.

J’ai dit que la montagne, c’est le Dharma, ou manifestation complète de vie-et-mort en commencement à chaque instant, mais ça c’est encore seulement un côté.

Au Japon, Japon du Moyen-âge de M° D, la montagne a quelque chose de sacré et en même temps la montagne, c'est un lieu sauvage parce que la ville, et là on parle de Kyoto, la capitale de l'époque, c'est le lieu de la culture, c'est le lieu de la civilisation, ça veut dire que c'est le lieu en fait où nous nous présentons avec notre moi, c'est-à-dire on il va y avoir une hiérarchie, il va y avoir un jugement, il va y avoir une place sociale etc - donc des séparations alors que la montagne au contraire, c’est le lieu qui accueille sans distinguer, et dans lequel on disparaît parce qu’ à ce moment-là, jugements, statut social, etc, tout disparaît, tout devient Nature-de-Bouddha.

Est-ce que cette montagne est aussi un lieu au sens concret ? J’ai dit que non mais... je pense que c'est les deux en fait parce que maître Dogen est parti dans la montagne ; il a quitté la capitale, il s’est installé dans le Nord, un coin « sauvage » ; il est parti dans la montagne pleine de neige, la montagne profonde avec une très petite Sangha; et il dira qu’il n’y a que la montagne comme lieu de pratique de la Voie, et c’est ce que M° Nyojo lui avait dit.


Et quand il est installé là, à Eiheiji, il parle dans différents poèmes de la neige : la neige qui recouvre les traces, la neige qui recouvre les formes. Avec la neige tout devient un, le héron blanc, dans le champ de neige, se cache dans sa propre forme !

De la même façon lorsqu'on pratique totalement, avec corps-esprit, les moines, les nonnes sont indiscernables parce qu'ils pratiquent tous les activités de Bouddha.

De même que la neige recouvre tous les phénomènes, et les rend un, de même la pratique de la Voie dans ces montagnes profondes où Maître Dogen a fondé le temple Eiheiji, tout et tous disparaissent, il n'y a plus que la pratique elle-même, il n'y a plus que l'expression de la pratique du Bouddha, il n’y a plus que l’Eveil Toujours la non- séparation du corps- esprit de l'univers entier.

Et dans ce « lieu », ce lieu entre guillemets, à la fois ce lieu concret de la montagne, du monastère où il pratique et le lieu de Butsuji, des activités de Bouddha, à ce moment-là, dans ce lieu il n'y a pas de début.

Je voudrais terminer sur ce qu'il dit dans la première phrase : « depuis le commencement sans début jusqu'à aujourd'hui » : évidemment un commencement sans début ça nous interroge, mais Maître Dogen nous dit que, dans cette non séparation, chaque instant est un commencement. Le monde dans son entièreté se présente à chaque instant.

Ainsi M°D nous dit : « Chaque instant est un instant de plénitude » plein, entier, complet, rien ne manque ! Et puisque chaque instant se présente entier, plein, nous y sommes inclus. Donc je ne peux pas dire qu'il se présente « à nous » parce que ça nous mettrait en dehors du monde, ça serait la fin de la non-séparation- ce serait comme si nous étions ici et le monde est là ; et parfois on aimerait bien mais c'est vraiment une grande illusion ! On a tendance à voir les choses comme ça, mais non le monde et nous, ce « un » va naître à chaque instant ; le monde et nous vont de commencement en commencement à chaque instant et cela va s’actualiser dans la pratique de la Voie .


La demeure des grands sages, c'est la demeure libre de toute dualité, et quand on pénètre dans la montagne, notre propre corps-esprit devient un avec la montagne ; c'est la Réalisation, une espèce de saut (quantique!) incroyable entre passer d'être- de se croire- à l'extérieur et de comprendre qu'on est en fait à l'intérieur.


Il nous dit que ce qui est une montagne est notre corps-esprit, et les 10.000 phénomènes, et le temps et l'espace et tous les dharmas sans début et sans fin - qui s’actualisent à chaque instant sans laisser de trace.




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