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  • Joshin Sensei

Après le meurtre de Samuel Paty

Bonjour. Je voudrais reprendre la parole, je parle beaucoup, mais j’ai l’impression qu'en ce moment, après cet assassinat, il y a bien sûr beaucoup de tumulte. Forcement il y a beaucoup de tumulte aussi en nous quand il y a beaucoup de tumulte à l’extérieur. Et j’entends des choses, je reçois des choses qui me choquent, qui me font de la peine.

Et je voulais parler de ce que quelqu’un m’a écrit: “Pour moi, en ce moment, les soutras sont amers.” Et ça m’a vraiment épaté, je ne sais pas comment dire, parce que les soutras… Je comprends que notre état d’esprit puisse être amer, ou en tout cas c’est un état d’esprit possible, c’est un état d’esprit de l’être humain, et je comprends qu’on puisse ressentir de l’amertume. Mais, les soutras c’est vraiment… si je prends le plus important, ce que je pense le soutra de base, le Refuge dans les Trois Trésors c’est le contraire, c’est un espace de respiration pour nous qui pratiquons la Voie du Bouddha.

Cela n’a jamais été une promesse, ce n’est pas une promesse que tout va aller bien, ce n’est pas une promesse que tout va s’arranger parce que, justement les Refuges sont là parce que le monde brûle, le monde brûle de haine, il brûle d’ignorance, et les Trois Trésors, c’est un espace pour pouvoir sortir de cette haine, de cet ignorance.

Mais c’est nous que devons le mettre en actes, c’est nous qui marchons sur le chemin du Bouddha, c’est nous qui marchons dans le monde, sur la « place du marché. » Et sur la place du marché, parce que le Refuge ce n’est jamais un repli sur soi, ce n’est jamais un « refuge » comme quand il y a un gros orage et qu’on part dans une grotte pour se mettre à l’abri, ce n’est jamais un refuge parce que « le monde est terrible et je veux m’en éloigner ». Pas du tout, c’est un rappel, un rappel qu’il y a quelque chose d’autre justement pour ne pas se laisser entraîner dans cette haine, dans cette violence, ce tumulte du monde. C’est un rappel qu’il y a un espace, qu’il y a de la lumière. Mais cet espace, cette lumière, ils n’existent qu’au moment où, comme dit maître Dogen, nous les mettons en acte ; ils n’existent pas quelque part dans le ciel ou juste là sous nos pieds si nous ne faisons rien.

C’est à nous, c’est notre responsabilité de pratiquants de la Voie d’entrer dans l’espace du Dharma, d’entrer dans l’espace des soutras. Et, quand tout brûle à l’extérieur, ils apportent une fraîcheur, on entend ça dans les soutras ; je lisais l’autre jour, « apporter une lampe dans les ténèbres », mais c’est aussi une fraîcheur ...Les soutras, c’est quelque chose qui apaise la souffrance, qui apaise la brûlure.

Et donc, se tourner vers les soutras, c’est nous aider, nous, à revenir, au calme, à la paix, à ce qui va nous permettre de parler, de réfléchir, de chercher quelle est la réponse juste devant la haine, la violence, l’ignorance. Quelle est la réponse juste pour nous en tant que pratiquants du Bouddha mais aussi de réfléchir, parce que nous vivons dans le monde, quelle est la réponse juste au niveau sociétal. Mais, je vous en prie, quand des choses terribles se produisent, dans notre vie personnelle, ou dans le monde, ce n’est vraiment pas le moment de se détourner de la Voie du Bouddha, au contraire, c’est le moment d’y entrer complètement, de tout cœur. Parce que c’est là, à ce moment-là, qu’elle va être le plus nécessaire et c’est là où nous, nous pouvons la partager. Et c’est là où nous, nous pouvons accomplir notre vœu d’aider tous les êtres en apportant justement le Dharma dans ce monde qui brûle. Voilà, je vous remercie, c’était ça ce que je voulais dire aujourd’hui. Merci.


( Ceci est la retranscription de ce que j'ai voulu dire, partagé, 3 jours après cet attentat, presque sans le retoucher)




Devenir Kanzéon aux mille bras pour aider tous les êtres....

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